Charivari

Yann Moix, Elodie et la «persona»

OPINION. En affichant son rejet des femmes de 50 ans, l’écrivain français n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond. La solution? Soigner sa «persona» pour échapper à la tyrannie de la séduction

La vie est pleine de clins d’œil. En mars 2017, sur la base d’un témoignage clé confirmé par plusieurs récits, je signais un papier qui observait que, dès 50 ans, les femmes entraient dans une sorte d’angle mort en matière de séduction. Très exactement, Elodie confiait: «Dans la rue, les transports publics et les soirées, j’ai tout à coup réalisé que je possédais un superpouvoir: l’invisibilité. Désormais, plus aucun homme ne me voit. Dans le train par exemple, la plupart des hommes fixent leur portable, et s’ils lèvent les yeux, ils me passent à travers. Je vous assure: une femme quinquagénaire devient subitement invisible!»

Un tsunami de mécontentement

Tollé total. L’article a suscité un tsunami de mécontentement et a été accusé de renforcer la discrimination envers les femmes. Ce n’était évidemment pas l’idée. Le témoignage d’Elodie pointait au contraire un phénomène de société qui veut que, sur les murs des villes, comme dans les magazines, on ne montre que de très jeunes filles à la peau lisse, ce qui rend improbable, pour ne pas dire impossible, le corps plus flasque et plus ridé des femmes plus âgées.

Presque deux ans après, le sujet revient en force, et à autre niveau de notoriété, grâce ou à cause de Yann Moix. En déclarant dans Marie Claire que le corps des femmes de 50 ans ne suscitait en lui aucun désir, l’écrivain a provoqué une déferlante de colère. Pourtant, comme le remarque le philosophe Bernard Andrieu dans Le Temps, «ce que raconte Yann Moix n’est que la projection très machiste de la société». Autrement dit, le triste sire dit tout haut ce que beaucoup d’hommes, conditionnés par un jeunisme forcené, pensent et font tout bas.

Deux solutions

Face à cette discrimination, il y a deux solutions. Militer pour que la publicité réintègre dans son imagerie le glamour avéré des femmes de 50 ans et plus. En veillant à ce que les modèles ne soient pas retouchés, car, sinon, l’enfumage est renforcé. Et inviter le quinqua, homme ou femme, à travailler sur sa «persona». Telle était la suggestion de Christophe Fauré dans l’article cité au début de la chronique.

Le psychiatre français explique que jusqu’à 50 ans, l’être humain, qui construit sa vie, a le regard tourné vers l’extérieur, dans une tension de séduction. Dès 50 ans, poursuit-il, le mouvement est censé s’inverser. L’être humain se tourne vers lui-même, entre en amitié avec son moi profond et se pose les vraies questions. Parvenir à cette paix intérieure permet d’échapper à la tyrannie de la séduction. Elodie, 57 ans, a fait ce chemin. Elle considère Yann Moix avec une certaine commisération.


Chronique précédente

Regarder «Bambi» comme punition

Publicité