(in)culture

YInMn, un nouveau grand bleu

CHRONIQUE. Un chimiste indien enseignant dans une université américaine a créé, un peu par hasard, un nouveau bleu. La couleur, c’est l’art, et l’art, c’est la vie

Il aura fallu que je me prélasse sur une plage paradisiaque de Ligurie, entre Santa Margherita et Portofino, pour que j’apprenne en lisant Il Venerdì, le supplément de La Repubblica, cette nouvelle qui m’avait échappé. Et qui n’est pas vraiment nouvelle, par ailleurs. Or donc, un demi-siècle après la création du bleu Klein, synthétisé à la demande du peintre français Yves Klein, une nouvelle variante de la couleur bleue a été mise au point par le chimiste Mas Subramanian, professeur à l’Oregon State University. Son petit nom: YInMn, appelé aussi bleu Oregon ou bleu Mas.

«È nato un colore», titrait Il Venerdì en montrant sur sa couverture le pigment du YInMn – pour yttrium, indium et manganèse, à savoir les trois éléments chimiques qui entrent dans sa composition. Une couleur est née, mais pas récemment, apprenais-je ensuite. Mas Subramanian, diplômé de l’Université de Madras, y explique avoir découvert le YInMn un peu par hasard, en poussant un étudiant dont il dirigeait le travail de diplôme à synthétiser des éléments multiferroïques. C’était en 2008, il y a pile dix ans. Je n’ai pas tout compris, la chimie m’ayant toujours paru particulièrement absconse. Comme la plupart des sciences d’ailleurs, mais là n’est pas la question.

Du vert Véronèse à l’outrenoir de Soulages

Ce nouveau pigment, légèrement plus clair que le bleu Klein mais d’une intensité similaire, a finalement été commercialisé à partir de 2016. L’an dernier, la firme Crayola l’utilisait pour un nouveau crayon de couleur baptisé, suite à un concours, «bluetiful». Le YInMn a la particularité de parfaitement refléter les rayons infrarouges, et pourrait dès lors être utilisé de manière autant pragmatique qu’esthétique pour protéger des bâtiments de la chaleur. Mais, à l’instar du bleu développé pour ce grand maître du monochrome qu’était Yves Klein, je me demande plutôt quel artiste fera sienne cette teinte Oregon, et lui donnera même pourquoi pas son nom, comme on parle aujourd’hui du vert Véronèse, du jaune Gauguin, du gris Turner, du brun Van Dyck ou du fameux outrenoir de Pierre Soulages.

Lire aussi:  Pierre Soulages en majesté à Martigny

Galvanisé par sa découverte, Mas Subramanian est à la recherche du rouge parfait, plus pur encore que le pigment 254 adopté par la firme Ferrari. Je ne peux m’empêcher de penser, malgré mon pessimisme rampant, qu’un monde dans lequel on peut encore inventer de nouvelles couleurs est un monde où tout n’est pas perdu.


Les dernières chroniques (in)culture

Publicité