Editorial

Yuan, le silence coupable de Berne

Deuxième plus grande puissance économique du monde, la Chine dispose d’une devise au poids marginal. Les choses vont cependant changer, cela ne fait aucun doute. Car Pékin prépare activement l’internationalisation du yuan (préférez renminbi), autrement dit son utilisation en dehors des frontières chinoises. Et, à terme, son élévation au rang de monnaie d’échange et de réserve.

Ce nouveau statut signifie aussi de nouvelles occasions de placements, en renminbis, et donc promet des affaires pour les places financières qui pourront devenir des centres d’échange de la devise chinoise. Raison pour laquelle Londres et Francfort redoublent d’efforts pour séduire Pékin.

Et en Suisse? Lundi, la Banque nationale a fait son travail en signant un accord technique avec son homologue chinoise. La place suisse rattrape ainsi un peu de son retard sur ses concurrentes européennes. A Genève, les négociants en matières premières ont de quoi se réjouir. L’an dernier, dans le financement du négoce, le renminbi est devenu la deuxième devise la plus utilisée, devant l’euro, mais très loin derrière le dollar (80% de ce marché).

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec la Chine, au 1er juillet, les milieux économiques espèrent également qu’ils pourront passer par Genève ou Zurich, et non Londres ou Francfort, pour leurs transactions en yuans. Hélas, le Conseil fédéral ne donne aucun signe d’intérêt pour ce sujet. Au contraire des autres capitales. Pire, il laisse le gendarme de la finance décourager les banques étrangères de s’installer en Suisse. En particulier chinoises, depuis la regrettable déconfiture de Bank of China. Or, sans banque chinoise, pas de centre du renminbi. On peut dès lors s’interroger sur les causes et les conséquences du silence de Berne.