Revue de presse

Yvan Perrin peut-il revenir?

Une sérieuse impression de déjà-lu se dégage de la presse quand elle évoque les problèmes de santé du conseiller d’Etat neuchâtelois, en congé maladie pour une durée indéterminée. Car ils sont anciens, connus. Reste cette question: et maintenant, que va-t-il faire?

Donc, samedi dernier au Locle, l’ancien policier Yvan Perrin est arrivé «proche du coma» à 7h00 du matin, selon une source citée par «Le Matin», «incapable de marcher droit, blême, sentant l’alcool et s’exprimant de manière incohérente». Cela a même été «un véritable calvaire», a-il confié par la suite à «L’Express» et à «L’Impartial», qui ont révélé l’affaire. Et hier (mercredi), le ministre tirait les conséquences, en annonçant qu’il prenait un congé maladie. La charge de travail est trop lourde, a-t-il longuement expliqué sur la Première mercredi midi, d’autant que c’est la première fois qu’il travaille dans un exécutif, et qu’il a récemment perdu un secrétaire général.

Une sérieuse impression de déjà-vu, déjà-lu. «Après un premier burn-out en 2010, puis une hospitalisation pour abus d’alcool en pleine campagne électorale l’an passé, le magistrat de 47 ans a de nouveau craqué», écrit «24 heures». Il y a moins d’un an, en avril 2013, peu avant le succès de l’UDC au Conseil d’Etat neuchâtelois, «Le Temps» avait titré sur «Le malaise»… Même la presse française avait à l’époque relayé les dé-boires de la vie politique neuchâteloise: «Un homme atteint de troubles psychiques devient ministre», avait écrit «Le Point»… C’est parce que l’ancien flic n’a jamais caché ses problèmes psychiques et qu’il a déjà dû se mettre au vert que la presse aujourd’hui pose la question ultime: «Peut-il revenir?», comme titre «Le Matin», qui semble déjà répondre en évoquant en même temps «le congé de la dernière chance» et «la rechute de trop». «Un monde tellement cruel, éditorialise Ludovic Rocch… L’empathie qui entoure l’annonce de sa rechute ne devrait pas le leurrer, personne ne tire sur une ambulance. […] La gravité de sa souffrance psychique et de ses chutes récurrentes dans l’alcool fort et les médicaments est commentée depuis trop longtemps, tant par ses «amis» que par ses «ennemis». Chez les siens, on sait qu’il faudra certainement débrancher le soldat Perrin et le sacrifier sur l’autel de la crédibilité du parti.» «Le Matin» a donc aussi donné la parole aux camarades de parti du conseiller malade: qui sont prudents mais. «Pour l’instant, cela ne remet pas en cause son mandat, mais si cela se répétait, il faudra se reposer la question», estime Yves Niedegger. Et pour Walter Willener: «Il faudra faire un bilan sérieux, tant médical que politique, sur la poursuite de son mandat.»

La messe est-elle dite? ArcInfo propose un sondage à ses lecteurs – à 9h30 ce matin, moins d’une centaine d’internautes avaient répondu, dont les deux tiers sont persuadés qu’il reprendra bien ses fonctions. (A noter que «20 minutes» avait eu la même idée mercredi, les commentaires publiés par la rédaction étant équitablement partagés entre compassion, rejet, appels à démissionner et appels à revenir…)

«Avant d’être une affaire politique, c’est un drame humain», selon la présidente des socialistes neuchâteloise Silvia Locatelli, citée dans «24 heures», qui note que la classe politique «n’accable pas l’UDC» et qu’«un drame cantonal est évité». «Après des années de turbulences au sein du gouvernement, notamment avec la démission de Frédéric Hainard, la classe politique se garde bien d’attaquer Yvan Perrin,» D’autant que l’atypique citoyen de La Côte-aux-Fées est loué par ses collègues – «Un excellent magistrat» pour le PLR, «il a su tisser d’excellentes relations avec l’ensemble des partis» pour les Verts, il a des «qualités humaines» pour le POP. Qui glisse une petite perfidie au passage: «Il devrait se demander si sa fragilité est en adéquation avec le discours très dur de son parti sur les malades, souvent qualifiés d’imaginaires»…

«Toute personne souffrante, quel que soit son degré de responsabilités dans la société, a certes le droit à un traitement et du repos. Mais […] force est de constater que M. Perrin se trouve toujours sur la corde raide, commente de son côté «Le Courrier». S’agit-il d’une nouvelle rechute ou d’un problème d’alcool, qu’il reconnaît d’ailleurs en partie, sans cependant prononcer le mot «alcoolisme»? Si les citoyens n’ont pas à s’immiscer dans la vie intime de l’élu, ils sont cependant en droit d’être informés sur sa capacité à assumer sa fonction. […] Si la maladie de M. Perrin devait s’avérer plus grave qu’un simple surmenage, lui et son parti devront tirer les conclusions qui s’imposent. Après les affaires Hainard et Legrix, le canton de Neuchâtel ne peut pas se permettre un nouveau psychodrame.»

Le drame du conseiller Perrin restera-t-il sur le seul plan politique? Le ministre l’a reconnu, il avait bu du whisky la nuit précédant la cérémonie au Locle. Comme l’écrit «Le Matin»: «Si tout le monde offre sa compréhension à la souffrance humaine endurée par Yvan Perrin, il en va autrement de son comportement au volant.» De son propre aveu, il a pris le volant en étant «dans un état de délabrement assez avancé». Le procureur général certifie qu’au retour, il ne présentait aucun signe d’ébriété, relevant «qu’il venait de faire une dizaine de kilomètres à pied au grand air, on peut donc en déduire que M. Perrin n’était vraisemblablement pas inapte à la conduite». Il n’y aura donc pas de poursuites judiciaires sur des «rumeurs».

C’est cet aspect-là, aussi, qui choque nombre d’internautes – «Un cycliste dans le même cas serait interdit de son métier pour plusieurs années», «S’il était simple employé, il y a longtemps qu’il aurait été éjecté!!!» lit-on par exemple parmi les commentaires publiés sur le site du «Matin». La presse en fait-elle trop? Le mot de la fin à l’ancien député de gauche Joseph Zisyadis, qui sur Twitter commente simplement: «Hommage aux milliers d’Yvan Perrin anonymes, broyés dans leur vie de travail et qui n’auront jamais une ligne…»

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