La dérive implacable qui entraîne le Zimbabwe dans la misère et la famine est le seul produit d'un homme qui a décidé de placer son maintien au pouvoir au-dessus de toute autre considération. Robert Mugabe, jadis héros de la décolonisation et président d'un Etat africain modèle et riche, n'est plus qu'un tyran autocrate. Pour assouvir son dessein, il manipule avec une «efficacité» diabolique tous les symboles et les faiblesses de la communauté internationale.

Ainsi de la réforme agraire, qui doit redistribuer aux Zimbabwéens noirs 95% des terres, dont plus de deux tiers sont aujourd'hui aux mains de fermiers blancs ne représentant que 1% de la population. Qui, vingt ans après l'indépendance de l'ex-Rhodésie du Sud, pourrait contester sur le papier cet élan de justice sociale? Le hic, c'est que Robert Mugabe, qui a préféré fomenter des guérillas régionales plutôt que de s'y atteler, se soucie comme d'une guigne de la justice, et encore moins du social. Chasser les paysans blancs, seuls à savoir cultiver des denrées alimentaires à une échelle qui dépasse la subsistance, et donner leurs domaines aux voyous du Zanu-PF, le parti du président, est un moyen supplémentaire pour Mugabe d'asseoir son règne. Et d'étouffer un peu plus une opposition déjà muselée par l'intimidation et les arrestations arbitraires.

Et tandis que 6 millions de Zimbabwéens, soit la moitié de la population, ne doivent leur survie qu'à l'aide alimentaire mondiale, le vieux moustachu impose aux pays donateurs des conditions sans cesse changeantes, au mépris de l'urgence.

Face à ce Machiavel d'Afrique australe, le monde regarde. L'administration Bush, très discrète, se contente de suivre l'Union européenne et le Commonwealth, qui, entraînés par le Royaume-Uni, ont décidé des sanctions. Mais Harare brandit le syndrome du colonisateur revanchard pour déconsidérer ces actions aux yeux des autres Etats du Sud. Avec un succès certain – à témoin l'attitude ambiguë du président sud-africain Thabo Mbeki. Le calcul de la communauté internationale est de miser sur une asphyxie économique et financière de Mugabe. Elle risque de survenir après la mort de son peuple.

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