Je ne sais pas si le phénomène s’explique par cette étrange et anxiogène année 2020, mais les zombies sont partout. Sur les sites de visionnement en ligne, les propositions de fictions dont ils sont les héros pullulent. Et une simple recherche internet aboutit à près de 300 millions de résultats, soit plus que pour les vampires, alors qu’il s’agit d’un mythe récent dans les pays occidentaux, contrairement au suceur de sang popularisé par Bram Stoker. Honnêtement, j’ai d’ailleurs – comme plusieurs de mes collèges amateurs d’épouvante et de fantastique – toujours préféré les vampires, plus nobles, plus romantiques, que ces morts-vivants dégingandés et décérébrés.

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En 2014, le grand Jim Jarmusch mettait en scène, dans Only Lovers Left Alive, un groupe de vampires évoluant entre la banlieue de Detroit et la vieille ville de Tanger. Sombre et envoûtant, son film parlait des arts immarcescibles et de la lente déchéance de l’espèce humaine. L’année dernière, voilà qu’il réalisait à son tour un film de zombies, Dead Don’t Die. Malgré un casting royal et un humour parfois assez irrésistible, ce long métrage laissait un désagréable arrière-goût de viande faisandée. Car avec les zombies, c’est toujours la même chose: à force de les voir tituber en poussant des râles d’outre-tombe, on finit par se lasser.

Alors pourquoi nous fascinent-ils autant, et pas seulement le jour d’Halloween? Probablement parce qu’ils peuvent être le réceptacle de toutes nos peurs. Le zombie évolue en bande et suit son seul instinct primaire puisque toute trace d’humanité et d’intelligence l’a quitté. Le plus souvent, loin de ses racines vaudoues, le zombie est présenté comme la conséquence d’un virus surgit d’on ne sait où. Alors oui, forcément, il est en 2020 raccord avec son époque. Et on peut facilement en faire une métaphore de ce qui nous préoccupe, voire nous terrorise.

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Pour certains, les zombies seront ces adeptes des théories du complot qui estiment détenir une vérité qui échappe aux vivants et qui avancent aveuglément sans réellement comprendre le pourquoi du comment. Or pour ceux-ci, les zombies symboliseront au contraire les puissants, qui agissent dans l’ombre avec un agenda caché. Et à l’approche du 3 novembre, les morts-vivants peuvent aussi incarner ces suprémacistes blancs vénérant Trump sans comprendre qu’ils évoluent dans les marges, en dehors du vrai monde.

Alors oui, le zombie fascine. Parce qu’il dégoûte, tandis que le vampire peut avoir quelque chose d’attirant, ce qu’avait bien compris Bram Stoker en écrivant Dracula, tout comme Stephenie Meyer en inventant la saga Twilight.


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