Opinion

Zuma, le «cancer de la politique sud-africaine»

Partout la corruption détruit ce qui a été construit dans le sang des révolutions. Il y a une collusion entre les élites politiques, économiques et financières, estime Christine von Garnier qui analyse ici la situation de l’Afrique du Sud

Selon la décision de la Cour constitutionnelle sud-africaine, le président sud-africain Jakob Zuma a été reconnu coupable de violation de la Constitution en refusant de rembourser les frais de rénovation de sa propriété privée de Nkandla non liés à la sécurité qui avaient coûté dans l’ensemble 15 millions d’euros.

Pas ses premiers démêlés avec la justice

Au pouvoir depuis 2009, ayant succédé à Thabo Mbeki, ce chef zoulou né en 1942 et analphabète jusqu’à ses 17 ans, – il a appris à lire dans la prison de Robben Island – n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice sud-africaine qui fonctionne toujours bien, indépendante de l’exécutif: corruptions répétées au cours des années et viol. Encore soutenu par l’ANC, le parti majoritaire de Mandela, il s’est chaque fois tiré d’affaire. Un parti en perte de vitesse pourtant, fortement contesté par la jeunesse représentée par le trublion Julius Malema. D’ailleurs, l’évêque Tutu, compagnon de Mandela, a rendu sa carte de parti ne pouvant plus accepter sa manière de diriger le pays.

Fort discrédit extérieur

Jakob Zuma est fortement discrédité à l’intérieur du pays, mais aussi à l’extérieur: il a refusé d’arrêter le président soudanais Omar El Béchir en réunion à Johannesburg il y a quelques mois, responsable des massacres de plus de 300 000 personnes au Darfour (2003), sous le coup d’une condamnation de la Cour pénale internationale pour génocide. La justice sud-africaine lui avait pourtant interdit de ressortir du pays. Mais cela lui est égal.

D’ailleurs, la majorité des chefs d’Etats africains réunis fin janvier 2016 à l’Assemblée générale de l’Union Africaine (UA) à Addis Abeba ont proposé de sortir de la CPI, car, disent-ils, «ce ne sont que des Africains qui sont toujours condamnés (et pour cause!)». En clair, ils veulent le droit de tuer. On le remarque ces derniers temps avec le refus de plusieurs chefs d’Etat surtout francophones de se retirer après deux mandats: Burundi, Rwanda, République Démocratique Du Congo, Burkina Faso, Congo Brazzaville, Cameroun, Angola, Zimbabwe, etc. En fait, ils ne veulent plus reconnaître le droit international, ni les droits de l’homme, ni la démocratie à l’occidentale. L’influence chinoise est passée par là.

Où va l’Afrique du Sud

Retour à l’Afrique du Sud. Une procédure de destitution a donc été déposée au Parlement par le parti d’opposition, l’Alliance Démocratique (DA), qui accuse Zuma d’être le «cancer de la politique». «En violant la Constitution, il a violé la structure même de la démocratie, a précisé ce parti. Quand nous avons été élus parlementaires, nous avons fait serment de protéger la Constitution, nous devons nous souvenir de ce serment et servir le peuple sud-africain et pas Jakob Zuma».

Mais le mardi 5 avril, par 233 voix contre la destitution et 143 pour, l’ANC a serré les rangs autour de son chef. Pourtant Jakob Zuma en sort fragilisé et a ainsi affaibli l’avenir politique de l’Afrique du Sud qui avait si bien débuté en 1994 lors de l’assermentation du président Mandela, une journée historique à laquelle avaient participé tous les grands de ce monde. Où va l’Afrique du Sud? Membre des BRICS, ces cinq puissances émergentes qui veulent concurrencer l’Europe et les USA sur la scène internationale subissent les mêmes tares de la corruption que la Chine où le président Xi Jinping a fait le ménage; que la Russie où les oligarques entourent le président Poutine; que le Brésil de Dilma Roussef menacée de destitution (Petrobras), et que l’Inde qui n’est pas en reste.

Partout la corruption détruit ce qui a été construit dans le sang des révolutions. Il y a une collusion entre les élites politiques, économiques et financières. A cela s’ajoutent les stratégies de certaines grandes multinationales pour payer le moins de taxes possibles et par là de déstabiliser ces pays émergents…


Christine von Garnier, sociologue et journaliste

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