Vue de Suisse romande, Zurich va mal. Le pénible déclin de Swiss, le refus de l'accord aérien avec l'Allemagne où le canton n'a pas joué le meilleur rôle, la discorde autour des mouvements d'appareils sur son ciel, le surdimensionnement de son aéroport grotesquement baptisé «Unique» font craindre pour le rayonnement international de la «Weltstadt» fière de son rang. Sans parler de la crise structurelle du secteur bancaire et financier.

Soyons honnêtes: beaucoup de Suisses se sont secrètement réjouis de cette rude désillusion. Le poids de Zurich a toujours alimenté un malaise, d'ailleurs souvent plus intense en Suisse alémanique qu'à Genève ou Lausanne. L'arrogance zurichoise n'est pas un vain mot, et trop de problèmes ont dû attendre d'avoir touché Zurich pour que la Confédération s'en émeuve. Souvenons-nous de l'indifférence à laquelle Genève et la région romande se sont heurtées lorsque Swissair, en 1996, a décidé de sabrer ses vols au départ de Cointrin…

Les choses ont-elles changé? Gardons-nous de simplifier. Certes, des Zurichois prennent conscience de leur besoin de Suisse un peu comme les grandes banques, après les déconvenues de leurs stratégies de conquête tous azimuts, se sont souvenues de l'existence des petits clients pour retrouver la santé de leur bilan.

Mais une métropole, par structure, impose à ses périphéries des rapports de force, car elle se bat elle-même à une autre échelle. L'Europe se construit sur des pôles régionaux d'une dimension à laquelle le Grand Zurich est seul à pouvoir prétendre.

De ce point de vue, personne en Suisse n'a intérêt à l'affaissement de «Downtown Switzerland». Qu'on le veuille ou non, nous sommes aujourd'hui tous Zurichois. Les crises de Swiss et d'Unique sont des crises nationales. Mais il s'agit maintenant d'aller au-delà de ce constat de solidarité résignée. Zurich et la Suisse ont besoin de réinventer leur lien, de lui donner des contours politiques, affectifs et culturels nouveaux. Les temps paraissent enfin mûrs pour la construction d'une relation adulte, débarrassée des complexes qui ont encombré un demi-siècle de vie commune.

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