saveurs du français

Ours mal léché, injuste éducation

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française

Ours mal léché,

injuste éducation

Il a bon dos, ce flemmard à collerette, qui pavane dans la savane. Le lion, diront les enfants d’Occident, serait le «roi des animaux». Un sacre accordé par Disney, ou par quelques parents à diaporamas, de retour d’un safari au Kenya.

N’empêche: pour les Européens, le roi des animaux fut longtemps l’ours brun (Ursus arctos). Au seuil de cette semaine dédiée aux expressions animalières, rendons hommage à ce nounours maltraité. Décimé dans ses forêts, parce que les hommes exploitaient sa viande et sa graisse, ou qu’ils éradiquaient un prédateur concurrent. Conséquence, le champ du langage relatif à l’ours se révèle plutôt négatif. Entre autres, «l’ours mal léché», description d’un citoyen asocial, un peu rustre, inadapté aux usages mondains, renvoie à l’idée que la maman ourse léchait ses petits pour parfaire leur constitution. Le «mal léché» serait le résultat d’une formation imparfaite. Autre tournure, «le pavé de l’ours» évoque un service rendu qui, de fait, embête le destinataire. Et pour nommer le grizzli américain, ces goujats de scientifiques n’ont rien trouvé de mieux que de le qualifier de Ursus arctos horribilis, soi-disant parce qu’il terrifiait les premiers observateurs. Non mais.

Et pourtant… l’ours est partout, parmi nous. Il rassemble tous les Bernard (depuis la racine germanique, * ber) et les Arthur (via Arctos). Il réunit un ministre genevois, un bouffon parisien et un président russe: Charles Beer (beer, via une souche néerlandaise), Stéphane Bern ou Dmitri Medvedev (littéralement, «fils d’ours») ont tous un lien avec notre immense peluche. Réintroduit, lentement réhabilité, l’ours a vaincu par le langage.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française. Retrouvez toutes les Saveurs du français sur: www.letemps.ch/series

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