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Le pape amende la presse

François a reçu en audience les représentants de médias. Le Saint Père a regretté les lectures politiques de l’Eglise

Pape François a les idées claires sur les médias. Le nouveau souverain pontife a exhorté vendredi les journalistes à observer l’Eglise catholique « dans l’optique de la foi et du Saint-Esprit». Aux yeux du successeur de Benoît XVI, c’est la seule perspective possible. Jorge Mario Bergoglio a repoussé les lectures politiques.

Dans la Salle Paul VI accoudé à Saint-Pierre, le nouveau locataire du Vatican a ainsi salué, et exhorté en bon père aimant, les milliers de professionnels qui ont couvert sont élection. Deux jours après la fin d’un Conclave plus rapide que prévu, François a reçu en audience une foule hétéroclite d’accrédités, parfois avec famille. Quelques badauds qui ont flairé la bonne occasion pour s’introduire au Saint-Siège, le filtrage était tout relatif, se sont joint au cortège des mass médias.

Dés l’arrivée du pape, les convives ont bondi, frappé des mains, scandé son nom. Drôle d’ambiance pour une assemblée que l’on imagine moins dévote et plus mesurée, sinon circonspecte à l’égard du pontife et de l’Eglise. Il faut dire que les croyants ne manquent pas au sein de la corporation mondialisée provenant de 81 pays. En outre, cet événement rare a pu émouvoir même les plus flegmatiques. « I am so excited », répétaient les Anglo-saxons.

A qui s’étonnait que des journalistes puissent montrer autant d’attachement au pontife, un vaticaniste français répliquait que « ça ne vous empêche pas de faire votre travail honnêtement ».

Connu pour une certaine retenue face aux médias, François a assuré cependant le spectacle. Il a été sérieux, savant comme il a su blaguer et faire preuve de chaleur. Mais surtout, il a rappelé aux journalistes le mode d’emploi de l’Eglise. « Vous devez chercher à connaître sa vraie nature, a-t-il imparti d’une voix très tango. C’est le Saint-Esprit le seul protagoniste. » Sans le dire, le jésuite a écarté tout intérêt pour les jeux de pouvoirs, la mondanité, les luttes intestines, les disputes personnelles. Sans le dire, il a relativisé les soupçons d’intrigues, d’affaires, de scandales qui pèsent sur la Cité de Dieu. « Il y a les vertus et les péchés, certes. Mais ce qui compte ce sont la vérité, la bonté et la beauté ». La salle n’a pas manqué d’applaudir ces paroles prononcées en complice des médias quand il a rajouté que l’Eglise s’inspire elle aussi de cette trinité. Bref, journalistes et curés même combat.

Puis, presque inquiétant, à l’image de la sculpture tentaculaire qui décore la scène de la salle Paul VI, le pape a garantit que « l’Eglise suit attentivement le travail de la presse ». Travail qu’il a remercié a plusieurs reprises, car il est indispensable à la compréhension du monde contemporaine. Il a salué surtout les médias qui ont résisté à la tentation des réquisitoires, voire de la calomnie. Les articles sur les lobbies homosexuels et financiers, comme les interrogations sur le rôle de Jorge Mario Bergoglio à l’époque de juntes Argentines irritent au plus haut point la hiérarchie vaticane. Et elle le fait savoir à coups de communiqués et de déclarations tranchants.

François n’a pas manqué de revenir sur l’horizon de son pontificat qui commence. Soupirant, comme s’il avouait la difficulté de la tâche, « j’aimerais une Eglise pauvres pour les pauvres ». L’évêque de Rome, toujours habillé en blanc avec chaussures noires, allergique au rouge pontifical, a de cette manière joint le verbe aux symboles. Il se veut « primus inter pares » au sein de l’Eglise et frère franciscain des laissés pour compte.

A son habitude, arrivé au bout du discours officiel, il a improvisé déroutant quelque peu sa suite qu’il tient à distance. Il s’est amusé justement à raconter comment l’idée lui est venue de s’appeler François. Glissant presque entre espagnol et italien, le pape a révélé que plus « les choses se faisaient dangereuses », c’est à dire plus le décompte des voix avançait en sa faveur, l’un des cardinaux les plus proche lui a chuchoté de ne pas « oublier les pauvres. L’image de François d’Assises lui a traversé l’esprit. Une fois atteint les 77 suffrages fatidiques, d’autres lui ont soufflé des noms alternatifs, entre sérieux et plaisanterie. Adrien VII, parce que le précédent avait été un réformateur et l’Eglise a besoin de réformes. Ou Clément XV, pour se venger du dernier qui avait supprimé la Compagnie de Jésus. Mais finalement c’est François qui s’est imposé.

Pour terminer le pape a salué personnellement une trentaine de journalistes triés sur le volet, dont la désormais célèbre rédactrice de l’Agence de presse ANSA qui, comprenant le latin, a annoncé en primeur le retrait de Benoît XVI. Le temps de faire un triomphe à Federico Lombardi, le directeur de la communication vaticane, et François a quitté la salle, vif et dansant dans sa soutane candide. Les gardes suisses ont invité ensuite les journalistes à quitter rapidement le Saint-Siège pour le rendre à sa tranquillité et son secret coutumiers.

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