Les trois versions – petite, moyenne et grande – sont exposées depuis lundi matin dans la vitrine à la discrète enseigne «Gammarelli», installée Via Santa Chiara, à deux pas du Panthéon. «Pour ce conclave, nous avons préparé trois habits ecclésiastiques blancs en laine, accompagnés d’une mosette (pèlerine) de velours rouge bordée de fourrure blanche parce que nous sommes en hiver, d’une étole, de chaussures rouges et d’une calotte», explique Lorenzo Gammarelli, l’un des gérants de l’antique maison. Et de raconter le défi représenté par cette commande très spéciale: «Pour les habits, on peut toujours s’adapter, pour la calotte aussi cela importe peu, en revanche, pour les chaussures, c’est plus difficile, le futur pape ne pourra pas mettre des chaussures qui ne seraient pas à sa taille: nous proposerons donc toutes les tailles possibles.»

Une mission délicate à laquelle les tailleurs experts de Gammarelli sont habitués, comme l’attestent les portraits accrochés au mur représentant tous les papes qui se sont fournis chez eux, ainsi que les certificats attestant du statut de Gammarelli en tant que fournisseur officiel du Vatican.

Pure laine

«Les tissus dans lesquels nous réalisons les soutanes sont en pure laine. Il n’y a pas de laine spéciale pour le saint-père, c’est le tissu classique qu’on utilise pour tous nos clients qui s’habillent de blanc. Outre le saint-père, il s’agit de missionnaires et de certains ordres monastiques», explique doctement cet expert ès mode ecclésiastique.

A l’intérieur de la boutique règne un parfum suranné, rien ne semble avoir bougé depuis des décennies, du vieux comptoir en bois derrière lequel s’affairent les vendeurs aux hautes étagères munies d’échelles où s’empilent les rouleaux de tissus. Un petit escalier de guingois mène au premier étage au saint des saints, inaccessible au commun des mortels: l’atelier des couturières. «Entre trois et cinq personnes ont travaillé sur les trois tenues», confie Lorenzo Gammarelli, conscient de l’importance de son rôle en ce moment clé de la vie vaticane. «Le conclave est un moment exceptionnel, très particulier», souligne-t-il non sans fierté. «Dans ce cas, il l’est encore plus car l’on ne s’y attendait pas du tout: la démission du saint-père nous a pris par surprise», confie-t-il. Quand on lui demande comment s’effectue la livraison ou qui sera chargé des retouches finales, Lorenzo Gammarelli se contente d’esquisser un sourire énigmatique. Il n’en dira pas plus, car la discrétion est la marque de fabrique de la maison.

Franche explication

Un voile de mystère entoure depuis toujours le conclave et l’élection du pape, qui réservent souvent des surprises, alors que les cardinaux se retrouvent ce lundi au Vatican. Ils doivent y préparer le conclave, repérer les «papabili», et avoir une explication en toute franchise sur la gestion de l’Eglise par la Curie. La protection des prêtres pédophiles par certains cardinaux, le scandale des fuites «Vatileaks» ou les spéculations récentes sur un prétendu «lobby gay» sont mal perçus par les cardinaux venus d’ailleurs. Selon eux, ils déforment l’image d’une Eglise à maints égards dynamique et courageuse, confrontée à des problèmes de survie. Ces premières «congrégations» permettront aux cardinaux venus des cinq continents de se connaître et de voir où va le vent. La date très attendue du conclave ne pourra être connue (à l’issue d’un vote à la majorité absolue) que lorsque tous les électeurs – 115 annoncés – seront présents.

Une seule certitude: le nouveau pape, à sa première apparition sur les télévisions du monde entier au balcon de la basilique Saint-Pierre, sera vêtu de pied en cap par la maison Gammarelli.