«Vous aussi, chez vous, les amis...» En 1993 et en 1994, l'ours Maturin et la famille Wallace faisaient rire les foyers romands par leurs gags grivois, leur intérieur chargé, le gonflant de leurs coupes de cheveux et leurs lunettes à monture énorme. Omniprésent sur les murs du décor: le papier peint à motifs seventies, synonyme alors d'extrême ringardise... Dix ans plus tard, les imprimés psychédéliques reviennent dans les intérieurs, les cafés, les boutiques et les restaurants. A Berlin, l'Ostel DDR Design Hostel près de l'Ostbahnhof propose de redécouvrir la «RDA Kultur» en logeant ses hôtes dans des chambres recouvertes de carrés, de ronds et d'arabesques mauves, ocre et moutarde. Le Musée du papier peint de Mézières dans le canton de Fribourg en a fait le thème de sa dernière exposition. «Nous ne pouvions pas passer à côté de la thématique des années pop, résume Catherine Schaller, conservatrice de l'institution. C'est dans l'air du temps, la mode et le design actuels y font constamment référence. Cette exposition nous a également permis d'approcher un public plus jeune, à l'affût des tendances.»

«On assiste à un retour de la consommation du papier peint depuis la fin de 2006», analyse Christelle de Montbel, porte-parole d'A3P, l'Association pour la promotion du papier peint. Un come-back qui ne doit rien au hasard. «Dès la fin des années 80, l'industrie était moribonde. Les entreprises ne parvenaient plus à être créatives et subissaient la concurrence de la peinture. Nombreuses furent les sociétés qui cessèrent leurs activités.» Pour celles qui survécurent, il fallut s'unir et faire front. «L'association fut mise sur pied en 1999 par les industriels - producteurs, éditeurs, créateurs, mais aussi fabricants de colle et autres partenaires - dans un but de promotion.» Pour remettre au goût du jour les tentures murales, Christelle de Montbel s'adresse directement aux prescripteurs de tendances en leur expliquant les innovations en la matière. «Créée en 1999, la technique de l'intissé a rendu la pose beaucoup plus facile, explique la chargée de communication. L'utilisateur ne doit plus patienter durant le temps de détrempe et n'a plus besoin de table à coller. Il enduit directement le mur qu'il souhaite recouvrir puis pose les lés. Ce type de papier est également beaucoup plus aisé à décoller, puisqu'il ne se déchire pas et s'ôte par pans entiers.» Avec cette révolution, recouvrir une chambre de cinq mètres sur quatre ne nécessite plus que deux heures de travail...

Pop culture

Aujourd'hui à nouveau solide, l'industrie se sent pousser des ailes et réhabilite d'anciens standards. Fondateur et directeur de la start-up en ligne Papier peint des années 70, Sven Rohleder ne regrette pas d'avoir lancé son business d'imprimés rétro et originaux en 2003. «Au départ, nous avions monté notre site uniquement pour le fun. Mais, après quelques semaines d'activité, nous étions déjà en rupture de stock. Nous avons donc décidé d'éditer de nouveaux rouleaux qui s'inspiraient d'anciens designs et de distribuer les créations seventies de marques connues.» En près de six ans d'existence, la petite entreprise de cet ancien banquier allemand s'est attirée les faveurs de plus de 60000 clients disséminés aux quatre coins du monde.

Comme pour de nombreux autres éléments de décoration, l'acheteur recherche également l'exclusivité. Pour répondre à cette demande, les acteurs du secteur ont multiplié les collaborations entre artistes et marques, à l'instar de Marburg - la plus ancienne des manufactures de papier peint au monde - qui, dès 2004, mandatait Werner Berges et Karim Rashid. «Lorsque nous avons commencé à travailler avec eux, nous avions déjà eu un énorme succès avec la réédition d'imprimés rétro, se rappelle le directeur de la marque Dieter Buhmann. Werner Berges - l'artiste pop art allemand - nous a permis de renforcer cette position, alors que Karim Rashid nous a projetés dans le futur avec son sens du design contemporain.» Mais ces créateurs ne sont de loin pas les premiers à s'essayer sur ce média. En 1966, Andy Warhol signait déjà Cow, le premier acte de sa série de papiers peints figurant des vaches. D'autres artistes suivirent... et suivent encore. «En 2006, nous avions lancé le Wallpaperlab, un laboratoire de réflexion et d'expérimentation autour du papier peint, rappelle Christelle de Montbel. Forts du succès de cette première édition, nous renouvelons l'expérience cette année en partenariat avec le Musée des arts décoratifs de Paris.» Jusqu'au 6janvier 2009, les prototypes de 20 designers et créateurs de renom - Florence Doléac, Pierre Charpin, Maroussia Jannelle ou encore Philippe Model - s'exposent aux yeux des visiteurs de l'institution française. Une reconnaissance pour le papier peint était encore inimaginable il y a cinq ans.