Le pari gagnant d’Alexis Tsipras

Grèce Le non au référendum l’a largement emporté

Les réactions européennes oscillent entre nécessité de négocier et rupture

La Grèce sort plus clivée que jamais de cet exercice qui a réveillé les fantômes

La foule affluait dimanche en fin de journée vers la place Syntagma, au centre d’Athènes, pour fêter la victoire du «non» au référendum lancé par le premier ministre Alexis Tsipras, son coup de poker semblant du coup se transformer en une éclatante victoire personnelle. Selon les résultats partiels portant sur 50% de bulletins dépouillés, le refus pourrait dépasser les 60% des votants.

Au vu du résultat clair qui se dessinait, le gouvernement dominé par la gauche radicale du parti Syriza annonçait sa volonté de se rasseoir dès ce lundi à la table des négociations. «Les initiatives pour arriver à un accord vont s’intensifier à partir de ce soir», expliquait le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis. «La partie en face sait désormais qu’on ne va pas signer n’importe quel accord», a indiqué le coordinateur des négociations avec les créanciers, Euclide Tsakalotos. «Le non est un outil pour tendre la main à nos partenaires», a renchéri le ministre des Finances, Yanis Varoufakis. Les ténors de la droite grecque, qui appelaient à voter oui, ainsi que les sociaux-démocrates, ont de leur côté joué la carte de l’apaisement en appelant à travailler ensemble.

Il n’en reste pas moins que la Grèce se prépare à un saut dans l’inconnu. «Les Grecs sont courageux! Nous n’en pouvons plus de subir les humiliations des dirigeants européens», réplique Panayotis, un chauffeur de taxi. Ses pronostics sur le résultat avant même le scrutin? «Un non clair et massif.» «Quel que soit le chemin, nous arriverons bien quelque part. Avec ou sans l’euro! De toute façon, nous sommes dans l’Europe», résumait-il. Avant l’éclatement de la crise, il avait presque remboursé sa maison. Un emprunt à taux variable. En 2010, il ne peut plus payer ses traites du fait de la chute de ses revenus. Un non est essentiel pour lui: «Mieux vaut être pauvre mais libre et fier que pauvre et esclave!»

Nombre de Grecs partagent cet avis. En suivant les consignes de vote de Syriza et de son allié gouvernemental les Grecs indépendants, ils ont envoyé deux messages. Le premier est celui du refus de la peur diffusée à longueur de journée sur la majorité des radios et télévisions du pays, répétant en boucle les propos du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président français, François Hollande: la Grèce devrait sortir de l’euro en cas de non. De l’autre, ils ont apporté leur soutien à un gouvernement qui refuse l’austérité. C’est donc un non aux mesures qui, entre 2010 et 2015, n’ont pas conduit à la réalisation de véritables réformes dans le pays et qui se sont soldées par une augmentation du chômage (passé de 10% début 2010 à 27,5% fin 2014), une paupérisation de la société et une dégradation du tissu économique.

«Nous n’en pouvons plus. Chaque jour, nous apprenons qu’un nouveau malheur va nous arriver», explique Margarita. Haut fonctionnaire, elle a toujours été pro-européenne. Depuis quelque temps, elle doute: «C’est ça, l’Union européenne? Refuser notre vote de janvier? Nous dire comment nous devons nous prononcer pour ce référendum?» Et pourtant. S’il fallait sortir de l’euro, «nous aurions des mois terribles devant nous!» affirme-t-elle, inquiète. Quitter l’UE? «Je ne crois pas. Personne ne peut nous pousser dehors.»

C’est aussi en agitant cet épouvantail que le oui comptait séduire. La BCE desserrera-t-elle l’étau monétaire? Les Européens accepteront-ils de négocier de nouveau avec Alexis Tsipras? En tout cas, une composante a changé depuis le 25 janvier. Alexis Tsipras s’était alors engagé à négocier dans l’euro. Une notion qui a disparu du mandat suite au référendum.

«C’est ça, l’Union européenne? Nous dire comment nous devons nous prononcer pour ce référendum?»