Ponson du Terrail s’est beaucoup inspiré du Comte de Monte-Cristo pour ses Drames de Paris. Comme dans l’œuvre de Dumas père, Paris a deux visages: ville-monde, cosmopolite, où les élites ont rendez-vous sur l’élégant boulevard des Italiens; ville-cloaque, avec ses chambres insalubres, ses pécheresses en quête d’un riche amant. Entre ces deux mondes prolifère le crime. C’est dans ce terreau que se construisent les opérations de sir Williams: déguisements, fausses cartes de visite et accents imités permettent d’infiltrer l’aristocratie européenne à des fins crapuleuses. Ainsi, Rocambole est reçu dans le beau monde sous le nom de vicomte de Cambolh, noble suédois. C’est là où Ponson du Terrail diffère de Dumas: le masque, pour le second, sert la juste cause d’Edmond Dantès. Pour le premier, il est l’outil des criminels qui abusent de la crédulité de la haute société. Un signe des temps sans doute. La série des Drames de Paris est publiée dès 1859 , à une époque où le Second Empire prend son assise sous la conduite de Louis Napoléon Bonaparte, qui cherche à fédérer les élites et le peuple autour d’un idéal de moralité. Les feuilletonistes sont appelés à soigner l’ordre établi. On pressent, chez un Ponson du Terrail acquis au régime, le souci d’éradiquer le vice dans une société en proie à la décadence. Même si l’auteur s’en échappe parfois par la dérision, la vertu veille, dans l’ombre de Paris la scandaleuse, œuvrant sans relâche pour la «réparation sociale».