Jacques Brel, pour qui partir était une fête, n’a, selon ses propres dires, jamais rien fait d’autre qu’arriver. Entre les deux, il y a l’essentiel: le chemin. Partir, arriver, rester un peu, beaucoup, passionnément, à la folie; repartir. La vie, quoi. Dans le sport de haute compétition peut-être plus qu’ailleurs – tous les lieux communs ont un fondement –, les destins s’avèrent exagérément farceurs. Imprévisibles à l’extrême, sinueux, cabossés, glorieux ou déplorables. Et dans ce fatras d’émotions, cet embrouillamini de paramètres, à commencer par le bol ou la scoumoune, une certitude: tout cela ne tient qu’à un fil. «Ça va se jouer sur des détails», opinent tous les coaches du monde à l’heure du pronostic.

Voilà qui nous amène directement à la finale de la Ligue des champions, ce samedi soir entre le Bayern Munich et Chelsea, point d’orgue de la saison, faites chauffer les violons, l’hymne officiel – à la base, c’est du Händel… – retentira peu avant le coup d’envoi de 20h45, dans un stade qui porte le nom d’une multinationale et qui, de l’extérieur, ressemble à un pneu. Alors, Bayern ou Chelsea? Qui partira en vrille, qui arrivera au sommet?

Pour beaucoup d’éminents observateurs dont Bixente Lizarazu (lire page 20), les Bavarois ont les faveurs de la cote. Ils sont beaux et forts comme l’aigle noir d’une Mannschaft à qui on aurait greffé Robben et Ribéry sur les ailes. En plus, ils évolueront à la maison, c’est-à-dire devant le même nombre d’invités que l’adversaire, et, d’ailleurs, attention au soi-disant avantage du terrain parce que statistiquement, c’est quand même dans son propre salon qu’on a le plus de risques de se prendre les pieds dans le tapis…

Pour toute une génération de Blues, amputés d’une défense suspendue mais dotés d’un increvable Ivoirien, Didier Drogba, c’est sans doute la dernière qui sonne. Partir à la casse ou arriver aux fins de Roman Abramovitch, qui court depuis neuf ans maintenant après ce fichu trophée.

L’entraîneur du Bayern, Jupp Heynckes, l’a déjà remporté en 1998 avec le Real Madrid… juste avant de plier bagage pour manque de résultats en championnat. S’il s’offre un bis repetita avec le Bayern, il pourra rester. Sinon, il lui faudra se faire une fête, en clin d’œil à Brel, de repartir dans sa ferme au nord de Mönchengladbach. Pour son homologue Roberto Di Matteo, qui vient d’arriver sur le banc de Chelsea, la donne est différente: même s’il ne perd pas, il devra probablement s’en aller.