Le Temps: Les budgets 2009 des cantons romands sont optimistes. Ne craignez-vous pas les répercussions de la crise, qui devrait faire diminuer les rentrées fiscales?

Pascal Broulis: Pour les cantons suisses, ce n'est pas dans les années 2008 et 2009 que l'on va enregistrer les plus gros problèmes. Chacun d'entre eux a effectué des efforts importants pour maîtriser les charges. De plus, à part pour Genève et Zurich, ce sont les impôts sur les personnes physiques qui apportent les principales recettes fiscales. Pour Vaud, par exemple, les personnes morales représentent 15% de la masse des impôts cantonaux, contre plus du double pour Genève. Dans ces conditions, je pense que l'on ne mesurera pas les effets de la crise avant une période de six à neuf mois. Il risque certes d'y avoir une augmentation du chômage. Les dépenses sociales vont à terme augmenter. De mon point de vue, nous mesurerons pleinement les effets de la crise en 2010.

- En venant au secours d'UBS, la Banque nationale suisse (BNS) risque de voir ses bénéfices diminuer. Cela ne va pas manquer d'occasionner un manque à gagner pour les finances cantonales.

- Il faudra voir. Une convention signée en mars dernier prévoit que la BNS distribue un montant annuel de 2,5 milliards aux cantons et à la Confédération jusqu'en 2017. Mais si ses résultats sont inférieurs à 5 milliards, la BNS ne paiera plus de dividendes. Il est vrai que nous ne sommes pas à l'abri d'un tel cas de figure ces prochaines années.

- Comment allez-vous réagir face à la crise?

- Le Conseil d'Etat vaudois va tenir une séance pour faire la part des choses. Il s'agit de mener une politique anticyclique, qui sera débattue au Grand Conseil. Tous les cantons doivent agir ainsi à l'échelle de la Suisse. Les banques, l'industrie du luxe ont beaucoup investi ces dernières années, en particulier dans l'immobilier. Toute cette activité pourrait se ralentir. Des pouvoirs publics solides doivent être prêts à prendre le relais.

- Zurich s'est montré pessimiste à l'heure de présenter son budget, contrairement aux cantons romands. Existe-il un décalage entre la Suisse romande et la Suisse alémanique dans la perception des événements?

- En Suisse romande, nous n'avons pas encore pris le pouls de ce qui se passe réellement. C'est pour cela que j'ai convoqué le Conseil d'Etat vaudois. Cela dit, cette perception de la situation n'est peut-être pas une trop mauvaise chose. Il ne faut pas couler une chape de plomb sur le moral des troupes.

- A l'aune de la crise financière, votre projet de budget 2009 est-il réaliste?

- Il reste réaliste, même s'il est optimiste. Les baisses d'impôt qu'il prévoit, à hauteur de 100 millions, sont indispensables. Il est impératif de garder nos gros contribuables. Il fallait faire une réforme fiscale indépendamment de la situation économique. Vaud doit rester dans la course dans le domaine fiscal.

- Pour les cantons, comment va se passer la réalisation du budget 2010?

- Elle sera très difficile. Les gouvernements devront prendre du temps pour analyser la situation, tout en intégrant rapidement les nouvelles données économiques. Pour l'Arc lémanique, et plus généralement la Suisse romande, l'enjeu qui se cache derrière UBS, par exemple, est énorme. Cette banque représente quelque 300 millions de recettes fiscales (personnes physiques et morales) partagées entre les cantons. Imaginez ce qui se passerait en cas de faillite... On critique beaucoup, ces temps, les primes perçues par les dirigeants. Mais les Etats touchent aussi leur part via la fiscalité. Si elles disparaissent, ils seront pénalisés.

- Vos comptes 2009 seront-ils dans le rouge?

- Difficile de le dire. Je le saurai au premier trimestre 2009. Ce que je peux dire, c'est que le Conseil d'Etat a prouvé depuis cinq ans qu'il maîtrise les charges. Ensuite, il faudra s'adapter à la situation, quitte à rouvrir le budget en cours de route. Le but d'un gouvernement est aussi de rétablir la confiance.