Le Temps: Pourquoi le Conseil fédéral a-t-il attendu ce jeudi pour prendre ces mesures?

Pascal Couchepin: Nous en sommes maintenant arrivés à un point tel qu'il était souhaitable de consolider le système financier. Depuis quelques semaines, le refinancement était devenu plus difficile. UBS tout comme Credit Suisse sont actuellement très bien capitalisés, mais ils pouvaient avoir des problèmes de liquidités au vu des difficultés dans le trafic bancaire.

- N'est-ce pas trop tard?

- Non, ces mesures sont prises exactement au bon moment et sont surtout concrètes. C'est la grande différence avec un certain nombre de mesures qui ont été prises à l'étranger. Nous ne faisons pas simplement des promesses.

- La semaine dernière, le Conseil fédéral se voulait rassurant. Un peu trop?

- Le message était constant. Nous avons continuellement observé, réfléchi, puis nous sommes intervenus lorsque c'était souhaitable.

- Etes-vous inquiet pour UBS?

- Au contraire, nous ne sommes plus inquiets puisque nous avons pris des mesures. Nous avons consolidé la banque pour la rendre plus concurrentielle.

- Le contribuable va-t-il passer à la caisse?

- En principe, nous allons très bien nous en sortir. La Banque nationale, qui ne doit pas présenter de bilan de trimestre en trimestre, aura le temps de valoriser les actifs qu'elle reçoit. Il existe même des chances que nous dégagions un bénéfice.

- En y mettant de l'argent, l'Etat ne compte-t-il pas s'immiscer davantage dans les banques?

- Nous ne souhaitons pas devenir des banquiers. Nous voulons simplement avoir une place financière solide en laquelle l'ensemble de la communauté et des épargnants a confiance.

- La participation de la Confédération est assortie de conditions, notamment concernant les bonus et les indemnités de départ. Pour quelle raison?

- Cela signifie simplement que nous ne voulons plus des excès que nous avons connus à l'échelle internationale et suisse. Nous appliquons simplement des règles internationales.

- En intervenant, ne mettez-vous pas à mal les principes libéraux?

- L'Etat a été fondé par les libéraux au XIXe siècle. Ils ont souhaité une banque nationale qui soit responsable de la monnaie. Nous sommes contre un Etat inquisiteur. En revanche, nous sommes pour un Etat fort qui intervient lorsque les conditions-cadres l'exigent.

- Singapour qui entre dans le capital d'UBS, le Qatar dans celui de Credit Suisse, cela vous préoccupe-t-il? - Nous avons besoin de partenaires dans le monde entier, nous exportons, nous avons une place financière internationale. Si les banques choisissent des partenaires solides, qui ont d'ailleurs démontré leur responsabilité, je ne vois pas là matière à s'inquiéter.