Cinquante-cinq ans avant Albert et Charlene, Rainier et Grace

Le pasteur et «le mariage du demi-siècle» à Monaco, en 1956

« Pour deux jours, Monaco a été le centre du monde. Pour rejeter dans l’ombre la visite des dirigeants russes à Londres, la guerre d’Algérie, l’impasse du Moyen-Orient et la tension raciale de l’Afrique noire, il a suffi d’un conte de fées. Dans un pays d’azur et de soleil, un jeune souverain épousait non pas une bergère (ce métier n’est plus en vogue) mais une star de cinéma. En mariant le trône à l’écran, la force à la beauté, la fête unissait les deux rêves de gloire qui sommeillent en toute âme d’enfant. Il n’était pas étonnant que l’événement connût un pareil écho.

Mais maintenant la fête est finie. Les 1800 reporters qu’elle avait rassemblés se sont dispersés aux quatre vents, pendant que les époux partaient, à bord de leur yacht, pour passer, princièrement, ensemble, le restant de leurs jours. Le nom de Monaco a déjà disparu des manchettes. On peut donc penser à nouveau aux chefs soviétiques, aux Arabes et aux fellaghas, aux pays sous-développés, à tous les conflits qui tissent l’histoire de notre temps.

Entre ce beau rêve et cette sombre réalité, qu’y a-t-il de commun?

Il y a que, de part et d’autre, des noces ont été scellées. Le mariage de notre demi-siècle, en effet, ce n’est pas seulement celui, si brillant fut-il, qui vient d’unir un prince de haut lignage à une princesse de l’écran. Car Dieu marie non seulement les individus, mais aussi les peuples, les races, les classes, les partis.

En les appelant à coexister dans la paix sur la même terre, Dieu a célébré, en quelque sorte, les noces qui lient les Occidentaux aux Soviétiques, les Français aux Algériens, les surdéveloppés aux sous-développés, les Blancs aux Noirs. Qu’ils le veulent ou non, riches et pauvres, colonisateurs et colonisés, communistes et non-communistes sont aujourd’hui des conjoints, par le seul fait qu’ils sont destinés à vivre ensemble pour former une communauté. Le voilà, le vrai mariage de la seconde moitié du XXme siècle.

Aujourd’hui, il manque encore au conte de fées de Monaco sa conclusion, celle que lui donneront, au cours des ans, les époux princiers, pour qu’un jour l’on puisse écrire: «Ils vécurent très heureux et (souhaitons-le leur aussi) ils eurent beaucoup d’enfants.» Or, nous le savons, tout altesses sérénissimes qu’ils soient, pour qu’ils puissent goûter au profond bonheur du couple humain, il faudra qu’entre eux, en tout temps, l’amour reste le plus fort.

De même la coexistence de nations, d’idéologies et de partis différents ne peut aboutir à une heureuse entente qu’au prix des sacrifices et des concessions que seul l’amour conseille et légitime. Le mariage du demi-siècle a eu lieu. Mais il ne sera un mariage heureux que si nous pratiquons la loi de Celui qui l’a conclu: l’amour. »