Permis de dopage pour le mégabarrage de Nant-de-Drance

Valais L’aménagement hydroélectrique de pompage-turbinage pourra augmenter sa puissance d’un tiers

«Nant-de-Drance +», pour plus grand, plus haut, plus fort. Le pharaonique aménagement hydroélectrique prévu par Alpiq et les CFF entre les barrages d’Emosson et du Vieux-Emosson, au-dessus de Finhaut, est en plein chantier mais déjà promis à une importante extension. Le Département fédéral de l’énergie (DETEC) autorise les promoteurs à revoir à la hausse les capacités de production de l’installation de pompage-turbinage. Elle a rédigé un avenant à la concession, communiqué mardi, et adapté le permis de construire.

Nant-de-Drance et ses quatre turbines d’une puissance de 600 megawatts vise une production annuelle de 1,5 milliard de kWh, soit de quoi alimenter 375 000 ménages. La version dopée, Nant-de-Drance +, fixe, elle, la barre à 2,4 milliards de kWh. Ces ambitions impliquent la pose de deux turbines supplémentaires au cœur de la montagne, pour atteindre une puissance de 900 MW, ainsi que le rehaussement du mur du barrage du Vieux-Emosson d’une vingtaine de mètres, ce qui doublerait sa capacité de retenue.

Compensations écologiques

Cet agrandissement posait problème aux organisations écologistes. Pour lever les oppositions, la société Nant-de-Drance S.A. s’est engagée à mettre en œuvre des mesures de compensation supplémentaires à celles déjà envisagées (comme l’acquisition de terrains à renaturer et une contribution à l’élargissement et la sécurisation du Rhône dans la région de Vernayaz), pour un montant de 10,5 millions de francs. Question gros sous, la version améliorée de l’installation hydroélectrique fera aussi grimper la facture finale, de 1,3 milliard de francs à 1,8 milliard, estiment les concepteurs.

L’énergie – dite de «superpointe» ou de réglage – produite en pompant les eaux du barrage inférieur (à 1900 m) vers le barrage supérieur (à 2200 m) lors des périodes creuses et en les turbinant lors des période de forte demande, servira en partie à couvrir les pics de consommation du trafic ferroviaire.

Cette bonne nouvelle de Berne est encore à mettre au conditionnel pour l’électricien et l’ancienne régie fédérale. Un recours est possible dans les trente jours. Et surtout, du point de vue stratégique, les trois actionnaires de la société Nant-de-Drance S.A., Alpiq à hauteur de 54%, les CFF pour 36% mais également les Forces motrices valaisannes (10%), devront chacun avaliser le projet en conseil d’administration. Les décisions devraient tomber, en cascade, dans le courant des mois de mai et juin.

Loin des cols blancs, les centaines d’ouvriers qui ont pris leurs quartiers au bas du village de Finhaut, sur la route menant à Chamonix, poursuivent leur travail de titans, dans l’obscurité, l’humidité et la poussière. Les aléas géologiques qui ont freiné le chantier à la fin de l’année dernière (LT du 22.12.2010) ne sont pas encore de l’histoire ancienne. Le tunnelier traverse toujours une zone de failles qui nécessite un méticuleux travail de colmatage pour éviter les infiltrations d’eau sous pression.

«Nous sommes toujours au ralenti, détaille le directeur de Nant-de-Drance S.A., Eric Wuilloud. La roche est friable. Nous avançons de quelques mètres par semaine. Mais nous avons en revanche pu commencer à percer la galerie par le haut et entreprendre les premiers travaux pour la prise d’eau dans le lac d’Emosson.»

Pour accueillir les six turbines de Nant-de-Drance +, il faudra creuser une cathédrale souterraine de 180 mètres de longueur, 30 mètres de largeur et 50 mètres de hauteur.