En 2003, Roman Polanski est nommé aux Oscars pour son film Le Pianiste. Une polémique se déclenche alors sur la question de savoir si un fugitif coupable d’abus sexuels sur une mineure peut recevoir une telle récompense. La victime, Samantha Geimer, âgée aujourd’hui de 45 ans, affirmait alors, dans les colonnes du Los Angeles Times, ne plus vouloir entendre parler de cette affaire. Sans minimiser les faits, elle disait souffrir davantage de l’exposition médiatique que du souvenir de son viol. Voici un extrait de son témoignage:

« […] Quand j’y repense, il est clair qu’il a fait quelque chose de terrible. Mais cela date de bientôt 26 ans [en 2003]. Et honnêtement, le battage autour de cette affaire à l’époque m’avait tellement traumatisée que ce que [Polanski] m’avait fait me semblait moindre en comparaison.

Maintenant qu’il a été nommé aux Oscars, tout est à nouveau ouvert. On me demande s’il doit payer pour son comportement […]. Je n’ai ni reproche ni compassion à son égard. Pour moi il n’est qu’un étranger. Je crois pourtant que M. Polanski et son film devraient être estimés en fonction de la qualité de son travail. […]

Je sais bien qu’il y a un prix à payer pour les fugitifs. Mais qui ne penserait pas à fuir devant la perspective d’être condamné à 50 ans de prison par un juge nettement plus intéressé par sa propre réputation que par un verdict équitable, et même par le bien-être de la victime? […]

Si [Polanski] pouvait résoudre ses problèmes avec la justice, je serais heureuse. Cela signifierait, j’espère, que je n’aurais plus jamais à reparler de cette histoire. Parfois j’ai l’impression que nous avons été condamnés tous les deux à la perpétuité.

Mon attitude surprend beaucoup de monde. […] Les gens ne savent pas à quel point nous avons tous été injustement traités par la presse. Comme un autre viol!

[…] Aujourd’hui, je suis très heureuse de ma vie. J’ai un mari et trois fils. Je vis dans un bel endroit et aime mon métier. Que pourrais-je demander de plus? Personne ne doit s’inquiéter pour moi.»