Les fées ont été généreuses. Et inspirées. Elles ont donné à Philippe Jordan tout ce qu'un être peut souhaiter: le talent, la beauté, l'intelligence et la bienveillance. A 40 ans, le chef suisse est déjà un directeur musical aguerri, que son père disait infiniment plus doué que lui. Depuis qu'Armin a quitté la direction de l'OSR en 1997, Philippe n'est revenu qu'à deux reprises à Genève. Par le biais de l'Opéra pour commencer. C'était en janvier 2000. Il en décousit alors brillamment avec Così fan Tutte de Mozart au BFM, dans une mise en scène de Guy Joosten. Dans la salle, Armin jubilait. Puis il a osé revenir une fois sur les traces paternelles lors d'une soirée d'abonnement de l'orchestre. C'était en 2003 avec Emmanuel Pahud à la flûte, dans un concert de la Série Ansermet. Au programme, Ibert répondait à Lekeu et Rimsky-Korsakov.

Depuis le décès de son père en 2006, Philippe Jordan ne s'est pas représenté devant l'OSR. Une pudeur, une crainte peut-être. C'est avec une autre formation qu'on pourra ainsi y réentendre le fils prodigue, dans un concert hors abonnement de Caecilia. Avec son orchestre à lui, dont il tient les rênes depuis 2007: celui de l'Opéra national de Paris. La phalange n'est encore jamais venue jouer à Genève. C'est donc avec un intérêt démultiplié que le public se donnera rendez-vous mercredi 20 mai.

D'abord, il y aura le plaisir d'écouter la personnalité artistique de Philippe Jordan, dans la salle que son père fréquenta pendant douze ans comme chef principal de l'OSR, et tant d'autres années en tant qu'invité. Ensuite, on goûtera le bonheur de retrouver le pianiste Nelson Freire en soliste. Puis on appréciera de découvrir in situ un orchestre qui fonctionne à l'inverse du Romand: ensemble lyrique à l'origine, et symphonique en complément. Enfin, on dégustera les joies de l'ivresse beethovénienne, en exclusivité. La 6e Symphonie (la fameuse «Pastorale») suivra en effet le 4e Concerto pour piano. Comment résister?