Dans votre éditorial du 24 septembre, vous insistez sur le fait que «seul un geste fort» est susceptible de rassurer les marchés financiers en pleine déroute. Vous parlez bien sûr du plan Paulson, mais aussi et surtout de la nécessité d'une action concertée et urgente au niveau international.

Certes, «la maison brûle», et il est nécessaire d'éteindre plus vite ce feu afin qu'il n'embrase pas tout le système et qu'il n'atteigne pas brutalement et de manière désastreuse les éléments les plus faibles et vulnérables du tissu économique; petits épargnants et travailleurs.

Il ne faut toutefois pas penser que ce plan de sauvetage résout le problème dans lequel est empêtrée l'économie américaine dans son ensemble. En effet, s'il évite une déroute soudaine du système financier américain, puis mondial, l'intervention du Trésor grève l'Etat américain d'un montant supplémentaire de 700 milliards de dollars - plus de 2300 dollars par habitants.

Les marchés financiers, qui, comme à leur habitude, raisonnent à court terme, semblent avoir oublié que l'origine de cette crise réside, d'un certain point de vue, dans le surendettement des ménages américains.

Or, il serait dommageable d'ignorer que l'ajustement structurel que subit l'économie américaine peut être enrayé par ce type d'actions qui, à terme, n'auront d'autre effet que d'aggraver le problème. La réduction du niveau d'endettement public (inextricablement lié à l'endettement extérieur - twin deficits, disent certains économistes anglo-saxons) et privé passera par de douloureux sacrifices. En très résumé: rétablir un ratio épargne/investissement raisonnable (et supérieur à 1 dans les premiers temps), produire plus, consommer moins. L'ajustement sera bel et bien d'ordre structurel, et sera d'autant plus difficile dans une économie globalisée dans laquelle l'Amérique - et, dans une moindre mesure certes, l'Europe occidentale - ne bénéficie plus que de bien peu d'avantages comparatifs.

Scénario inévitable, à moins que M. Bernanke continue d'appliquer dans le futur proche la politique monétaire irresponsable que son prédécesseur avait inaugurée. Et alors, ce sera ce qu'on peut appeler la «fuite en avant»; avec quelles conséquences désastreuses!