Plus serrée, mais pas alarmiste, l’atmosphère en Valais. Le nouveau ministre des Finances, Maurice Tornay, se vante d’avoir «remonté le moral des chefs de groupe qui étaient préoccupés» par la conjoncture. Il se prépare tout de même à perdre 25 millions sur l’impôt spécial sur les forces hydrauliques et à la hausse des dépenses sociales. Pas de quoi faire virer les comptes au rouge. Tout au plus la marge d’autofinancement, «colossale ces dernières années», sera-t-elle réduite d’environ 20%.

«On ne s’excite pas trop. On sentira plus fortement la dégradation en 2010.» A Fribourg, le grand argentier Claude Lässer joue la sérénité. «Nous aurons certes une diminution sensible des recettes des personnes morales, mais les rentrées des personnes physiques devraient encore augmenter légèrement», malgré la baisse d’impôt consentie en 2009. Claude Lässer n’imagine pas un budget 2010 déficitaire. «C’est exclu», dit-il. Il s’apprête simplement à «contenir la croissance des dépenses». Fribourg a décidé d’investir fortement, +35% déjà en 2009. «Notre programme s’étale sur plusieurs années. Dans cette crise, il faudra durer. Ne mettons pas tous nos moyens dès le départ.»

«Les perspectives ne sont pas réjouissantes, mais il est prématuré de les chiffrer.» Grand argentier vaudois, Pascal Broulis ne se dépare pas de sa légendaire prudence. Le canton de Vaud sonde les grandes entreprises pour établir un budget 2010 aussi précis que possible. Seule certitude: le résultat sera en baisse. C’est surtout 2011 que le ministre radical craint. «Nous percevrons l’effet de la crise sur les revenus des personnes physiques, avec, en parallèle, une hausse des besoins sociaux.»

A Genève, où l’on ne fait rien comme ailleurs, rien ne filtre à propos de la préparation du budget 2010. Au Département des finances, on précise qu’en raison du passage aux normes comptables IPSAS, les chiffres ne sont pas comparables aux autres cantons. Le gouvernement marche sur des œufs: alors qu’il s’attend à un résultat à l’équilibre pour 2009, il a déjà annoncé que 2010 et 2011 seraient «difficiles». Il dispose d’une réserve conjoncturelle de 744 millions constituée ces dernières années.

Les ministres genevois font le pari que la crise ne durera pas plus de deux ans. Ils prévoient des investissements massifs, jusqu’à 800 millions en 2010. Auxquels s’ajoute le manque à gagner de 320 millions généré par la baisse d’impôt soumise au peuple en septembre. Du côté de la commission des finances, on se livre aux projections les plus diverses pour 2010: les pessimistes tablent sur un déficit de 500 millions, d’autres sur un budget équilibré.

A Neuchâtel, Jean Studer le répète à l’envi: le budget 2010 sera «extrêmement compliqué» à boucler. La situation s’est dégradée rapidement: en mars, le Conseil d’Etat – alors à majorité de gauche – prévoyait un déficit de 15 millions. Mi-mai, la perte grimpait à 195 millions. «La situation est inquiétante», dit Jean Studer, notant que «toutes les réflexions sont ouvertes», n’excluant pas une hausse de la fiscalité. Respecter le frein aux dépenses (le déficit ne peut excéder 30 millions) sera une gageure. La santé financière de Neuchâtel pourrait rester critique jusqu’à la fin de la législature, en 2013.

Comme Neuchâtel – lui aussi frappé de plein fouet par la crise des industries d’exportation –, le Jura souffre de ne pas avoir terminé l’assainissement de son déficit structurel. Charles Juillard se prépare «à devoir présenter un budget 2010 dans le rouge». Encore qu’il escompte tendre à l’équilibre, «en ne tenant pas compte des coûts du programme de soutien à l’économie». Le ministre en appelle à la rigueur et à la poursuite de la réalisation des 51 mesures structurelles qui doivent faire économiser entre 15 et 20 millions. «Autant dire que dans ces conditions, l’atmosphère est morose», avoue-t-il.