Pays-Bas

Le populiste Geert Wilders fait un score décevant

Le PVV obtient 5 sièges de plus qu’à la dernière législature mais c’est aussi 4 de moins que ce qui était attendu. L’absence d’un véritable désir d’alternance et le refus des partis traditionnels de travailler avec lui ont joué contre le populiste. Notre commentaire

On criait au loup, dont l’arrivée semblait imminente, mais il n’est pas venu. Selon des chiffres partiels après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) aurait recueilli 33 sièges, six de plus que ce qu’on lui créditait. Quant à Geert Wilders, il n’obtiendrait que 20 sièges, 4 de moins que ce qu’on annonçait il y a une semaine. L’éditorial du très respecté quotidien néerlandais NRC résume l’impression générale: «Les Néerlandais se sont réveillés ce matin dans un pays normal.»

Paradoxalement, ce n’est qu’une demi-surprise: les instituts de sondage se sont trompés lors des derniers scrutins lorsqu’il s’est agi d’évaluer le vote populiste. Le Brexit et l’élection de Donald Trump semblaient impensables. En revanche, le raz-de-marée en faveur de Geert Wilders est annoncé depuis près de deux ans, même si depuis deux semaines, le score de ce dernier était revu à la baisse.

Lire aussi: Mark Rutte salue une victoire contre «le populisme de mauvais aloi»

Des raisons objectives expliquent les résultats décevants de Geert Wilders. D’abord, l’actuel gouvernement n’a pas – contrairement à celui de Manuel Valls en France – suscité un rejet radical. Il n’y avait pas comme aux Etats-Unis ou en France un désir d’alternance. Le premier ministre Mark Rutte sortant a pu s’appuyer sur son excellent bilan: avec une croissance de 2,3% l’économie se porte mieux que dans la plupart des pays d’Europe, quant au chômage il ne cesse de baisser.

Ensuite, on constate aux Pays-Bas comme ailleurs en Europe un désintérêt pour les partis du centre, dits «mainstream», au profit des extrêmes à gauche et à droite. Mais ce mouvement est moins rapide que d’aucuns le pensaient: les électeurs de plus de cinquante ans préfèrent en majorité accorder leur confiance à des partis traditionnels.

Plus généralement, aux Pays-Bas un peu comme en Suisse, les partis qui refusent de jouer le jeu du compromis n’ont pas les faveurs des électeurs. La décision que la plupart des leaders politiques ont prise de ne pas travailler avec Geert Wilders a joué contre ce dernier, perçu comme trop éloigné du spectre acceptable. On constate que les régimes parlementaires (les Pays-Bas sont une monarchie constitutionnelle avec un système électoral à la proportionnelle qui oblige à former une coalition pour gouverner) qui favorisent les gouvernements issus de compromis, forcément modérés, comme en Suisse, résistent en un sens mieux à la poussée populiste.

Le scrutin a été marqué par une participation record qui rend les résultats incontestables: 81%, selon l’institut de sondage Ipsos. Aux dernières élections en 2010 et 2012, ces taux étaient respectivement de 74,6% et 75,3%.


Un paysage politique fractionné: sur 150 sièges,

33 sièges pour VVD (le Parti populaire libéral et démocrate), 8 de moins qu’en 2012

20 sièges pour le PVV populiste, 5 de plus qu’en 2012

19 pour le CDA (Appel chrétien-démocrate), + 6

19 pour D66 (Progressistes), + 7

14 pour les écologistes, + 9

9 pour le PvdA (les travaillistes), - 29


L’Europe soulagée

Ces résultats ont provoqué un véritable soulagement à travers le Vieux Continent, le président François Hollande saluant «une nette victoire contre l’extrémisme». «Les valeurs d’ouverture, de respect de l’autre et de foi en l’avenir de l’Europe sont la seule véritable réponse aux pulsions nationalistes et de repli sur soi qui secouent le monde», a conclu M. Hollande.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a lui salué «un vote pour l’Europe, contre les extrémistes», alors que la chancelière allemande Angela Merkel, selon son porte-parole, s’est réjouie de «poursuivre une bonne collaboration en tant qu’amis, voisins, Européens».

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