La cérémonie d’ouverture. Cette exhibition si symbolique des Jeux olympiques; spectacle grandiose, immense; moment de communion féerique, d’intense beauté auquel il est un privilège d’assister. Et que la terre entière, millions d’envieux, salive face à ces veinards d’athlètes qui défileront en ce puissant Stade olympique! Et pourtant. Pourtant, ils seront nombreux à ne pas en être. Selon les calculs, une trentaine d’Helvètes seulement (sur 102 sélectionnés) devrait y participer. Si le Vaudois Stanislas Wawrinka goûtera au bonheur de brandir le drapeau rouge à croix blanche, bien d’autres seront contraints de vivre ces majestueux instants à distance.

Empêchement matinal

«Mon premier concours débute samedi matin à 8h15», témoigne ainsi la tireuse à la carabine Annik Marguet. «Il faut que je sois présente au départ à 7h15, ce qui m’obligera à prendre un bus à 6h30. J’ai donc programmé mon réveil à 5h. Je ne peux forcément pas me permettre de me rendre à la cérémonie et de rentrer à 2h du matin.» Mais la Fribourgeoise n’en fait pas une maladie. «En 2008, ça m’avait déçue, irritée, agacée, se souvient-elle. C’est tout de même l’un des points forts, si ce n’est le point le plus fort des Jeux olympiques. Mais pour cette édition, je suis moins touchée car il a toujours été clair dans ma tête que je ne pourrais pas y aller.» Elle se réjouit donc de la perspective différente de «passer une super-soirée, avec l’équipe, autour d’un bon repas et devant la télé». Puis elle se rassure: «Je ne manquerai pas la clôture, qui est presque plus savoureuse dans la mesure où tout le monde est plus détendu.» Le canoéiste Mike Kurt, qui ne loge pas au Village olympique, a également choisi de tirer un trait sur les solennités de ce soir. «On verra dans quelques jours l’interprétation qui en ressortira, sourit-il. Si je réalise une bonne performance, tout le monde jugera qu’éviter de perturber la préparation par une trop longue soirée était une excellente décision. Ça fait partie du jeu. Je ne suis pas le seul à la manquer. C’est quand même un épisode fatigant, qui nous force à nous coucher tard.»

Deux jours pour récupérer

Qualifiée en kayak, la jeune ­Genevoise Elise Chabbey (19 ans) vit ses premiers Jeux. Elle a de son côté tenu à participer à la fête. «Ça m’aurait énervé de ne pas pouvoir y aller, admet-elle. D’autant qu’ensuite, j’aurai quand même deux jours pour récupérer.» Une prérogative dont ne jouit pas Mike Kurt.

La beachvolleyeuse Simone Kuhn, elle, l’avait confié dans un entretien au Temps : «J’espère que nous ne jouerons qu’au deuxième jour du tournoi car cela me permettrait d’assister à la cérémonie d’ouverture. Ni à Athènes, ni à ­Pékin, je n’en avais eu l’occasion.» Le calendrier lui a servi un crève-cœur: le premier match de la Lucernoise, avec son équipière Nadine Zumkehr, est agendé au premier soir du tournoi, soit au lendemain de la liturgie. A son grand malheur, elle devra donc se désister pour la troisième fois. «Je n’y participerai pas, confirme-t-elle. Je ne veux pas rester debout durant des heures, d’autant que je n’arrive pas à bien dormir le matin. Je la verrai donc à la télévision, à la Maison de la Suisse.» En badminton, Sabrina Jaquet disputera, comme Simone Kuhn, son premier duel demain soir à 20h. «Mais moi, c’est décidé, j’irai à la cérémonie, confie la Neuchâteloise. Je ne veux manquer ce moment à aucun prix.»