Carte postale

Les poulains des légendes

«Ils se sont mieux comportés cette année, à l’école et dans leurs familles, tellement ils étaient fiers d’avoir été sélectionnés pour venir en Afrique du Sud, confie Jimmy Ursulet, un enseignant qui a emmené 15 jeunes footballeurs de Martinique à Johannesburg pour la Coupe du monde. Et en voyant les bidonvilles en Afrique du Sud, ils se sont rendu compte que finalement ils n’étaient pas si mal en Martinique!»

Hier après-midi, les Martiniquais de 14 ans ont joué contre 15 garçons sud-africains de leur âge, dans le cadre du projet «Diambars» («combattants», en wolof, la langue du Sénégal) animé depuis 2003 par des légendes du football français (Patrick Vieira, Bernard Lama, Lilian Thuram, William Galas, etc.). «Diambars» a fondé deux écoles de sport-études, l’une au Sénégal et l’autre, cette année, dans la banlieue de Johannesburg.

Coiffé de dreadlocks, Jimmy Adjovi-Boco, est le directeur de l’ONG: il a conçu le projet, en faisant des études de commerce à Lille, après dix ans de carrière comme professionnel: «Quand on sait ce que représente le foot pour les jeunes Africains et qu’on connaît les problèmes d’éducation sur le continent, on s’est dit qu’on devait utiliser le ballon rond pour promouvoir l’enseignement». Les jeunes sélectionnés par Diambars (une centaine au Sénégal, 20 pour l’année de lancement en Afrique du Sud) sont poussés dans leurs études pour qu’ils aient toutes les chances de leur côté.

A Johannesburg, la plupart des élèves viennent de milieux très défavorisés. Ils suivent les cours dans une ancienne école réservée aux Blancs (90% des 1150 enfants viennent maintenant du township voisin). «C’est très important d’avoir un bon enseignement parce qu’avec le football, rien n’est jamais certain», reconnaît Justice Khunou, une des jeunes recrues de Diambars.

Au début, l’adaptation fut dure en internat, avec des entraînements de deux heures par jour, sans oublier les matches, le week-end: les jeunes de Diambars sont les meilleurs de la ligue dans la catégorie des moins de 15 ans. «J’ai fait beaucoup de progrès et je me suis endurci, physiquement et mentalement, ajoute Khunou. Plus tard, j’aimerais être footballeur ou entraîneur mais, si ce n’est pas possible, je serai docteur.»