Russie

Poutine s’inquiète du risque de guerre nucléaire

Le président russe dénonce la dissolution par les Etats-Unis du système de contrôle des armements. Et promet une réponse musclée

Vladimir Poutine tire la sonnette d’alarme nucléaire et pointe du doigt les Etats-Unis. Au cours de sa grande conférence de presse annuelle jeudi, le président russe a agité le spectre d’une apocalypse. Il voit la menace croissante d’une guerre nucléaire, qui «pourrait conduire à la destruction de la civilisation dans son ensemble et peut-être même de notre planète».

La responsabilité de cette menace va aux seuls Etats-Unis, estime le président russe, qui note l’intention de Washington de se retirer du traité de 1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Il a déclaré que si les Etats-Unis installaient des missiles à portée intermédiaire en Europe, la Russie serait obligée de prendre des contre-mesures. «Nous assistons à la dissolution du système de maîtrise des armements», a martelé Vladimir Poutine, ajoutant que les Américains manifestent peu d’enthousiasme pour négocier l’extension de l’accord New START (réduction des armes stratégiques), qui expire en 2021. «Vous n’êtes pas intéressés, vous n’en avez pas besoin? D’accord, nous savons comment assurer notre sécurité», a déclaré un Poutine défiant aux Américains.

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«Nous devrons assurer notre sécurité»

En fait, Moscou évoque depuis le milieu des années 2000 le désir de sortir du FNI et les Etats-Unis accusent la Russie de ne plus le respecter depuis 2014. L’un des facteurs accélérant l’obsolescence du traité FNI, signé entre les deux grandes puissances nucléaires, est l’émergence d’un formidable arsenal nucléaire en Chine.

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Mais Vladimir Poutine réserve ses piques à Washington. «Nous devrons assurer notre sécurité, prévient-il. Et il ne faudra pas qu’ils glapissent plus tard quand nous aurons acquis un avantage unilatéral. Nous ne cherchons pas la prédominance, nous essayons de préserver l’équilibre et d’assurer notre sécurité.» Un autre danger vient de ce que les Etats-Unis envisageraient d’utiliser de missiles balistiques à ogives conventionnelles. Pour lui, le tir d’un tel missile risquera d’être confondu avec celui d’une arme nucléaire et de déclencher une catastrophe mondiale. Selon lui, les analystes occidentaux parlent de plus en plus de la possibilité d’utiliser des armes nucléaires de faible puissance. «Il y a une tendance à l’abaissement du seuil» d’utilisation des armes nucléaires, a déclaré Poutine. «Abaisser le seuil pourrait conduire à une catastrophe nucléaire mondiale.»

Missiles braqués vers l’Europe

Moscou a déjà prévenu que l’Europe ferait le frais d’une course aux armements nucléaires et a déjà déployé des missiles Iskander braqués vers l’Europe centrale dans son exclave de Kaliningrad. La Russie fait aussi des appels du pied à la Chine pour qu’elle s’associe à de futures négociations avec les Etats-Unis. Dans une posture plus offensive, Moscou a envoyé la semaine dernière une escadrille de bombardiers stratégiques au Venezuela, ce qui a provoqué des réactions courroucées à Washington. La presse russe évoque désormais l’établissement d’une base permanente dans l’île de La Orchila au Venezuela, comme pour réveiller le spectre de la crise des missiles de Cuba en 1962.

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Plus sérieusement, les experts russes soulignent que la priorité immédiate est de sauvegarder le régime de contrôle des armes nucléaires américano-russe, qui est menacé de tous les côtés. «La Russie pourrait être forcée d’accepter le plan du conseiller national de Sécurité John Bolton pour un système nucléaire (comme le traité de Moscou de 2002) qui ne limiterait pas les options de déploiement», estime Vladimir Frolov, expert des relations russo-américaines. «La bonne nouvelle pour le Kremlin est que le Congrès, à majorité démocrate, pourrait refuser de financer le plan de Trump visant à muscler l’arsenal nucléaire.»

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