Russie

Le pouvoir tchétchène s'en prend au dernier carré de militants

Attaque en règle contre les activistes encore présents en Tchétchénie

Cette fois, c’était à la frontière avec l’Ingouchie. La nuit était déjà tombée, mercredi, et les quinze hommes, armés et munis de gros bâtons, attendaient très précisément ce véhicule-là. Des journalistes, suédois, norvégien et russes mais surtout leurs guides, des militants de la seule ONG encore présente dans la région, qui avaient eu l’outrecuidance d’accompagner ces visiteurs pour percer (un peu) la chape de plomb qui s’est abattue sur la Tchétchénie.

Passage à tabac en règle, véhicule incendié… Des représailles qui se sont accompagnées, un peu plus tard de la tentative de mise à sac des locaux du Comité de prévention de la torture (CPT) dont le travail est honni par les autorités en place, au premier rang desquelles par le président tchétchène Ramzan Kadyrov. L’attaque fait suite à une campagne explicite lancée sur les réseaux sociaux contre ces activistes, seuls à l’oeuvre dans une Tchétchénie placée en coupe réglée, soumise au bon vouloir de l’équipe dirigeante et que les militants de ce même CPT comparent à une «Corée du Nord du Caucase».

A Genève en 2013, les membres de cette organisation (qui s’est aussi donné le nom de Joint Mobile Group) avaient reçu le prestigieux prix Martin Ennals visant à saluer leur courage et leur… inventivité afin de s’assurer les moyens de rester en vie. Des groupes mobiles, une nuée d’enquêteurs qui se relaient dans les campagnes tchétchènes, avant que le pouvoir ait eu le temps de les identifier et de les «éliminer» pour reprendre le langage direct de leur fondateur, Igor Kalyapin.

L’année dernière, un documentaire glaçant de la journaliste française Manon Loizeau avait permis d’entrevoir à nouveau la réalité de cette république, soumise à une caricature d’arbitraire, sur laquelle les vainqueurs de deux guerres meurtrières (peut-être 300 000 morts) assurent un diktat aussi implacable qu’humiliant.

Il y a quelques jours, Ramzan Kadyrov plaçait son sort politique entre les mains du président russe Vladimir Poutine. Nul doute qu’il obtiendra un satisfecit de la part du Kremlin. En attendant, dans le cadre d’un programme ambitieux lancé par le théâtre du Galpon à Genève au sujet de la Tchétchénie, Manon Loizeau participera ce vendredi, à la suite de la projection de son film, à une table ronde au titre prémonitoire: «La violence aura-t-elle raison de la presse?»

Théatre du Galpon, vendredi 11 mars, 18 heures, www.galpon.ch

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