Usines automobiles à l'arrêt, effondrement de la construction: pas de doute, en France, la crise est là. Elle devrait se traduire par une remontée du taux de chômage. Face à l'urgence, Nicolas Sarkozy vient de jeter par-dessus bord deux grands principes de la droite, la compression des dépenses publiques et le renoncement au «traitement social du chômage». Ce terme sinistre désigne surtout le recours aux «emplois aidés», des postes subventionnés par l'Etat qui sont devenus un trait permanent du paysage français depuis 25 ans. Nicolas Sarkozy les avait pourfendus durant sa campagne présidentielle. Mais, mardi, il a annoncé le financement de 330000 emplois aidés l'an prochain, 100000 de plus que prévu dans le budget. «Qu'on ne vienne pas me dire que je change de stratégie, a-t-il lancé lors d'un discours dans les Ardennes. J'essaie d'être pragmatique et de tenir compte de la souffrance humaine.»

Le président a admis que ces mesures seraient coûteuses, notamment l'extension du «contrat de transition professionnelle», qui permet à un employé licencié de toucher 100% de son salaire pendant douze mois s'il accepte de se former. «C'est cher, c'est vrai, mais c'est moins cher que d'avoir des gens au chômage définitivement», a-t-il estimé.

Ce nouveau cours commence à inquiéter les milieux d'affaires. «On joue un jeu dangereux, estime Marc Touati, économiste chez Global Equities. Les dépenses publiques en France représentent déjà 54% du PIB! Ça va aller jusqu'où? Et comment va-t-on le financer?»

Nicolas Sarkozy, qui accordait la semaine dernière de généreuses baisses d'impôts aux entreprises, les a cette fois admonestées, assurant que l'Etat serait «intraitable» avec les patrons qui profiteraient de la crise pour délocaliser. Mais il a aussi pris à rebrousse-poil les syndicats, en prônant un assouplissement des règles sur le travail dominical ou un recours accru aux contrats de courte durée.

Le cocktail est donc éclectique. Sera-t-il efficace?