CHYPRE

Premier jour des négociations sur la réunification de Chypre

Les dirigeants chypriotes grec et turc entament aujourd'hui des négociations formelles. Ils doivent jeter les bases d'une réunification de l'île, partagée depuis l'intervention militaire turque en 1974.

Le président de la République de Chypre, Demetris Christofias, et le leader de la République turque de Chypre du Nord (RTCN, reconnue par la seule Turquie) Mehmet Ali Talat, se sont rencontrés dans la zone tampon de Nicosie contrôlée par l'ONU, sur le site de l'aéroport désaffecté de la dernière capitale divisée au monde.

Ce rendez-vous de plus d'une heure a marqué le coup d'envoi formel des pourparlers les plus sérieux depuis le plan de réunification de l'ONU entre les parties sud et nord occupée de l'île approuvé par les Chypriotes-turcs mais rejeté par la partie grecque en 2004. L'île est entrée divisée dans l'UE dans la foulée.

Le nouvel envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, Alexander Downer, nommé en juillet et également présent à la rencontre, a confirmé la tenue le 11 septembre du premier round des négociations formelles entre les deux dirigeants avec à l'ordre du jour les questions de gouvernement et partage du pouvoir.

Soutien turc évoqué

MM. Christofias et Talat sont eux déjà convenus d'établir une ligne téléphonique sécurisée pour faciliter les contacts directs et se verront au moins une fois par semaine durant le processus.

Aucun délai n'a été fixé mais l'ONU a averti que les discussions ne pourraient durer indéfiniment. Toute solution devra à nouveau être soumise à un double référendum.

"Nous ferons notre possible pour parvenir (à un règlement) le plus tôt possible. Je ne peux pas garantir, de même que M. Talat, que demain ou après-demain (il y aura une solution)", a dit M. Christofias en soulignant "l'existence d'une volonté et d'un effort communs pour aboutir".

De son côté, Mehmet Ali Talat a affirmé que la Turquie soutenait les efforts en vue d'une solution. "C'est pour cela qu'après quatre ans d'impasse nous sommes là. Nous sommes en faveur d'une solution et sommes confiants que nous réussirons et je l'espère le plus vite possible, je l'espère cette année", a-t-il dit.

Suggestion par Ban

Lundi, Mehmet Talat avait souligné la nécessité pour tout règlement de prévoir deux "Etats constitutifs" placés sur un pied d'égalité, ce que la communauté chypriote-grecque, qui représente 80 % de la population de l'île, refuse totalement.

Dans une lettre de M. Ban lue par son émissaire, le patron de l'ONU "accueille chaleureusement le lancement formel des négociations visant à trouver une solution globale au problème de Chypre. Je salue les leaders pour leur sens du compromis et leur engagement à mener à bonne fin le processus de paix".

"Les Nations unies soutiennent et encouragent les deux parties qui entreprennent cette démarche historique ensemble pour parvenir à un règlement négocié en vue de réunifier l'île dans l'intérêt de l'ensemble des Chypriotes", a-t-il ajouté, se déclarant prêt à aider les deux parties.

Pour ce nouveau processus, les optimistes misent sur les affinités entre les deux dirigeants de gauche qui se sont déjà rencontrés cinq fois depuis l'élection en février de M. Christofias à la présidence de Chypre.

Divisée depuis 1974

M. Christofias, qui dirige le parti communiste Akel, a été élu sur un programme de relance des efforts de réunification alors que Mehmet Ali Talat, chef du Parti républicain turc (centre-gauche), avait parrainé le "oui" au référendum de 2004.

Chypre est divisée depuis 1974, quand la Turquie a envahi le tiers nord de l'île après un coup d'Etat à Nicosie de nationalistes chypriotes-grecs soutenus par Athènes.

La Turquie a toujours insisté sur le maintien de son droit d'intervention, obtenu, avec ceux de la Grèce et la Grande-Bretagne, dans les traités qui ont accordé l'indépendance à l'île en 1960.

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