Il y a moins d'une semaine, l'administrateur-délégué d'Unicredit Alessandro Profumo rassurait: «Nous sommes solides, nous avons une liquidité très importante.» En toute urgence, dimanche soir, la principale banque italienne a été contrainte de présenter un plan exceptionnel de recapitalisation pour un montant de 6,6 milliards d'euros à travers notamment l'émission d'obligations convertibles pour 3 milliards d'euros. Attaqué depuis plusieurs jours, le titre Unicredit a encore perdu 5,9% hier à Piazza Affari, la bourse de Milan, après avoir frôlé dans la journée une chute de 16%.

Considéré comme la banque la plus internationale d'Italie, l'institut d'Alessandro Profumo est particulièrement exposé en Europe de l'Est et en Allemagne après son rachat de Hvb. Les investisseurs craignent ainsi que Unicredit sorte trempé de la tourmente qui agite le marché germanique autour de Hypo Real Estate. Au-delà, c'est la confiance dans le colosse milanais qui s'est en quelques jours dissolue. Alessandro Profumo a pourtant bien tenté d'afficher une sérénité à toute épreuve en se présentant en fin de semaine devant ses concitoyens au journal télévisé de 20 heures. Hier matin, il s'est cette fois adressé aux investisseurs dans une conférence téléphonique au cours de laquelle il a tenté de changer son discours. Alors qu'auparavant il expliquait que la chute du cours Unicredit était avant tout le fait de manœuvres spéculatives, il a finalement admis l'ampleur du problème: «Les turbulences sur les marchés que nous avons vues au cours des dernières semaines sont sans précédent depuis le krach de 1929. [...] Clairement nous avons sous-évalué les conditions du marché. Nous avons fait des erreurs d'évaluation.» Reste que l'opération de clarification et la volonté de réaffirmer la solidité du groupe n'ont pas été salués par les marchés. Dès l'ouverture de la bourse, Unicredit a lourdement dévissé. «Le problème est lié à la crédibilité des managers vu que jusqu'au dernier moment ils ont exclu des opérations sur le capital», expliquait hier un analyste. D'autres s'inquiètent d'une recapitalisation considérable de 6,6 milliards d'euros alors que les derniers bilans de la banque ne laissaient pas prévoir une telle nécessité. L'opération cache-t-elle des résultats moins florissants que ceux présentés officiellement?

Pour tenter d'enrayer le redoutable mécanisme du doute et de la défiance, Alessandro Profumo a fait savoir hier après-midi qu'il avait personnellement acheté 150000 actions Unicredit pour une valeur d'environ 414 000 euros. Mais dans le sillage d'Unicredit, c'est désormais l'ensemble de l'édifice bancaire transalpin qui est ébranlé. Intesa San Paolo Imi, deuxième banque du pays, a perdu hier 11,2% et Banco Popolare près de 15%. «Les épargnants ne subiront pas de pertes», a répété lundi Silvio Berlusconi. Sombre coïncidence: au même moment, le parquet de Milan réclamait 13 ans de réclusion contre Calisto Tanzi, le patron de Parmalat, à l'origine, en 2003, de la plus grande escroquerie financière aux dépens des petits épargnants italiens.