Le choix du nouvel avion de combat suisse est un énorme marché de trois à quatre milliards de francs. En échange les députés aimeraient bien quelques retombées politiques, comme le règlement du différend germano-suisse autour de l’aéroport de Zurich. Normal que la tension monte alors que le Conseil fédéral doit choisir, au début décembre, entre le Rafale de Dassault, l’Eurofighter du consortium européen EADS et le Gripen du Suédois Saab. Pour autant qu’au final, les questions financières n’incitent pas le nouveau parlement à revenir en arrière.

Alors que le ministre français de la Défense Gérard Longuet vient de rendre une visite de travail à son homologue suisse Ueli Maurer et que l’Allemand Thomas de Maizières est attendu mardi prochain, certains politiciens souhaiteraient aussi que l’on mette dans la corbeille quelques résultats politiques, rappelle le quotidien zurichois Tages-Anzeiger. Le radical bâlois Peter Malama, spécialiste des questions de défense, ou l’UDC schaffhousois Thomas Hurter, un pilote professionnel, estiment tous deux que la Suisse devrait profiter des négociations avec les constructeurs de l’Eurofighter, dont l’Allemagne, pour exiger un règlement du différend autour de l’aéroport de Zurich.

Le problème, c’est que la clé pour une solution ne dépend pas de Berlin, mais du gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg et davantage encore de la population des régions proche de Kloten qui se plaignent du bruit des couloirs d’approche.

La dimension politique sera un des éléments déterminants pour le type d’avion, notent les spécialistes. Nos relations avec nos voisins européens pourraient être au coeur du choix. Car avec la surévaluation du franc, le prix pour 22 avions de combat a chuté de 5 à 3 ou 4 milliards selon les offres, a admis Ueli Maurer dans une interview à la NZZ. Même si les pilotes suisse privilégient le biréacteur Rafale français, le fait que cet avion n’ait pas été vendu à d’autres pays est un handicap, disent les spécialistes. Les développements envisageables seraient en effet tributaires essentiellement des besoins de l’armée de l’air française. Malgré son coût nettement plus bas, le monoréacteur Gripen, moins performant, présente le désavantage d’être proposé par une industrie suédoise isolée et dont le maintien à long terme n’est pas garantie. L’Eurofighter est l’avion de nos voisins allemands, italiens et autrichiens, mais précisément, rappelle le Tages-Anzeiger, cette diversité des partenaires avec des exigences différentes risque de compliquer les développements souhaités par la Suisse.

Malgré le vote du Parlement contraignant le gouvernement à anticiper l’acquisition des nouveaux appareils, rien n’est toutefois définitif. Une fois le choix du type d’appareil confirmé par le Conseil fédéral, il faudra soumettre au Parlement un modèle de financement. Or la dépense n’est pas prévue dans le plan financier de la Confédération; il faudra donc trouver des compensations ailleurs. Cela pourrait inciter les députés à repousser la dépense.