Les assureurs réclamaient des hausses évaluées à environ 4% par les sites de comparaison en ligne. Finalement, la prime moyenne pour un adulte ayant opté pour la franchise de base de 300 francs augmente de 2,6%. Cinq caisses dont les plus grandes ont dû revoir leur copie.

Les réaménagements, à la baisse mais aussi à la hausse, ont permis d'imposer des dissolutions de réserves dans les trois cantons où ces dernières étaient particulièrement élevées - Genève, Zurich et Vaud. La prime moyenne baisse dans le premier (-0,1%), accuse une hausse modérée de 0,7% dans le second et une autre de 1,4% dans le canton de Vaud où une modification des régions de primes complique la donne.

Obwald, l'un des trois cantons où les coûts ont été supérieurs aux primes encaissées en 2007 connaît la hausse la plus forte: +6,7%. Des réajustements s'amorcent dans les autres cantons jusque-là privilégiés comme Uri (+5,5%), Berne (+3,8%) ou Glaris (+3,7%). Ils devraient se poursuivre. Pour éviter que le mouvement connaisse trop d'à coups, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) invite les assureurs et les cantons à se concerter lors d'une rencontre qui devrait avoir lieu au début de l'année prochaine.

Ces résultats assez éloignés des intentions affichées par certains assureurs signent un retour en force du contrôle politique dans la fixation des primes. Chargé de l'acceptation des primes et de la surveillance des caisses, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) avait déjà contesté certains calculs présentés par ces dernières. Mais jamais sur une telle échelle et de façon aussi concertée.

Peter Indra, vice-directeur de l'OFSP, assume: la modération de la hausse pour 2009 a été obtenue en comptant sur une dissolution de réserve. Cet effet est voulu: le niveau général de cette cagnotte de sécurité est inutilement élevé à une époque où les facteurs permettant d'anticiper les dépenses de santé sont mieux connus. Elle est constituée avec de l'argent qui appartient aux assurés et l'excédent doit leur retourner, a-t-il martelé.

Mais il s'agit d'une mesure accessoire: la maîtrise des primes passe par la maîtrise des coûts. Ce plan n'a pas été négligé, insiste le vice-directeur de l'OFSP: les primes modérées pratiquées en 2007 et 2008 ont été obtenues par des économies réelles et non par des dissolutions de réserves. Ces dernières ont même augmenté d'un point en 2007,

Bref: des mesures visant les prix, essentiellement ceux des médicaments, ont été prises et elles ont eu des effets. Il en faudra d'autres. Peter Indra cite notamment le coût des analyses médicales, objet d'un bras de fer qui dure entre médecins, laboratoires et OFSP. Celui des médicaments, encore, qui doit rester sous contrôle.

Et les hôpitaux. Dans ce dernier domaine, un changement déterminant s'annonce en 2012. Le nouveau système de facturation des séjours par forfaits liés au diagnostic (DRG) intégrera une rémunération des investissements. Cela doit se faire sans surcoût pour les assurés, demande Peter Indra. Qui appelle les assureurs à se montrer durs dans les négociations à venir avec les cantons et les hôpitaux.

Car s'il se montre décidé à exercer pleinement son rôle de surveillance des assureurs, Peter Indra insiste également sur la fonction de contrôle que la loi confère à ces derniers face aux prestataires de soins. Il les appelle à faire preuve de rigueur dans la vérification des factures et de l'économicité des prestations. Une manière indirecte d'inviter les prestataires à la modération.

Le ton est nouveau et il ne plaît pas à tout le monde. Le porte-parole d'Helsana a parlé de primes fixées sous la contrainte. Et Assura a refusé de s'incliner. La caisse, qui se targue d'être la moins chère de Suisse, fera recours contre les baisses de primes qui lui sont imposées.

En attendant l'issue de ce recours, les primes d'Assura seront fixées au dernier niveau réclamé par la caisse au cours des discussions qui ont débouché sur le clash. Les assurés qui la choisiront ne risqueront donc pas de mauvaise surprise: la pire issue que peut avoir la procédure pour eux sera un maintien de leurs primes à niveau. Une victoire de l'OFSP entraînant une baisse.

La bataille juridique sera menée, du côté d'Assura, par son nouveau directeur, Daniel Wiedmer, responsable jusque-là de la surveillance des caisses et de la fixation des primes à l'OFSP. Problème? Pas le moins du monde, assure Peter Indra. Juste une «ironie du destin», qui n'empêche pas d'«excellents rapports» de part et d'autre. Quand le monde est si petit, il faut bien s'en accommoder.

Quant aux chances de succès du recours, les estimations varient. Du côté de Santésuisse, on fait valoir qu'Assura pratique déjà des primes très basses et que la loi ne fixe pas de maximum aux réserves, seulement un minimum. Mais, rétorque Peter Indra, elle oblige les assureurs à équilibrer coûts et revenus. Or dans l'un des huit cantons où ses primes ont été contestées, Assura affichait un taux de réserve supérieur à 100%.