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Prince Twitter

Le prince saoudien Al-Walid ben Talal vient d’investir 300 millions de dollars dans le site de microblogging Twitter, soit 3% du capital de la société américaine. Une microfolie dans un royaume ultraconservateur

Le prince saoudien Al-Walid ben Talal, petit-fils du roi Abd el-Aziz, fondateur de l’Arabie moderne, est connu pour sa folie des grandeurs. Propriétaire du groupe Kingdom Holding Company, il possède des parts dans des empires tels que Pepsi, Apple, Disneyland, eBay, Citigroup ou encore News Corp. L’un de ses derniers projets en date? Eriger la plus haute tour du monde, la Kingdom Tower (1000 mètres), à Jeddah, en Arabie saoudite.

Il habite un palais doté de 300 pièces et se déplace dans un Airbus A380, dans lequel il a fait aménager chambres, salons, salles à manger, bureaux, et même une salle de prière. Son palace volant lui a coûté 300 millions de dollars, sans compter les aménagements. Une broutille pour un homme dont la fortune, la première d’Arabie saoudite, est estimée à 19,6 milliards de dollars. Tout comme les 300 millions de dollars qu’il vient d’investir dans le site de microblogging Twitter. Une microfolie, juste 3% de la start-up américaine.

D’où lui vient son intérêt subit pour le blogging? Son Altesse Royale se serait-elle mise à gazouiller (tweeter en anglais) à ses heures perdues? Le prince saoudien serait-il en train de se muer en porte-voix de la liberté d’expression?

Homme d’affaire avant tout, Al-Walid ben Talal, 56 ans, entend investir dans des entreprises «à forte croissance ayant un impact mondial», comme il le dit lui-même. Sa passion pour les médias ne date pas d’hier. Propriétaire de Rotana TV, spécialisée dans la musique arabe, il prévoit de concurrencer Al-Jazira en créant, dès 2012, sa propre chaîne d’information en continu.

Le Printemps arabe, qui a épargné son royaume, a démontré l’impact de Twitter et peut-être exacerbé la curiosité de cet investisseur hors pair pour les réseaux sociaux. Au cours de l’année écoulée, le volume de tweets en arabe a considérablement augmenté. Même à Riyad, les jeunes Saoudiens ont utilisé Twitter pour organiser des manifestations contre la monarchie.

Dans une tribune publiée par le New York Times en février, le prince faisait l’éloge des révoltes en Egypte et en Tunisie et plaidait pour que l’Arabie saoudite mène des réformes politiques. «Les vents du changement soufflent sur la région avec force, penser qu’ils se dissiperont bientôt serait une erreur stupide», écrivait-il. Al-Walid ben Talal est tour à tour décrit comme un moderniste et un traditionaliste. Rien ne l’empêche d’allier les deux. Le roi Fahd lui-même, richissime fêtard excentrique, s’était affublé du titre de «gardien des lieux saints».

Rien n’indique que le milliardaire ait la moindre prétention d’user de son influence sur le site de microblogging à des fins politiques. D’ailleurs, il ne veut pas siéger au sein du conseil d’administration de Twitter. Mais c’est amusant de penser que les pétro-dinars de la monarchie ultraconservatrice, même à doses homéopathiques, pourraient servir à alimenter des milliers de voix critiques envers les rois et les dictateurs.

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