Que reste-t-il des lieux symboliques de la Suisse (7)

Prochain arrêt: buffet de la gare d’Olten

Le mythique établissement, aujourd’hui exploité par une grande chaîne, a vu naître l’Union syndicale suisse et le Parti radical

«Ce n’est pas un restaurant de première classe, il ne collectionne pas les points GaultMillau. Mais, de Genève à Saint-Gall, en passant par les Grisons, tout le monde connaît le buffet de la gare d’Olten. Du moins de nom.» Ernst Zingg, le maire radical d’Olten, est fier de sa ville, de sa gare, et du buffet qui trône au beau milieu des voies CFF. Car le bistrot, construit en 1856, a une longue histoire, indissociable de celle de la petite cité soleuroise qui, tôt transformée en nœud ferroviaire, a vu naître plusieurs mouvements politiques, institutionnels et culturels majeurs du XIXe siècle à nos jours.

Passé le seuil de la légendaire cantine ferroviaire, aujourd’hui empêtrée dans une gare en chantier, on se prend à rêver au passé. Par exemple à de vieilles banquettes en bois qui craquaient peut-être lorsque Frisch, Dürrenmatt, Michel Viala ou Nicolas Bouvier fréquentaient le fameux troquet. Mais pourquoi diable la crème des écrivains engagés, fondateurs au début des années 70 du groupe d’Olten, avaient-ils jeté leur dévolu sur un restaurant de gare?

Au centre de tout

Car le buffet, comme Olten, est au centre. De quoi? De tout, à en juger l’enthousiasme débordant du maire de la ville. «Atteignable en deux heures de train de toute la Suisse, la ville se situe à une demi-heure de Berne, Zurich et Bâle», rayonne Ernst Zingg. Il n’aura d’ailleurs pas fallu attendre longtemps, une fois la construction de la gare achevée, au milieu du XIXe siècle, pour que ce café devienne un lieu de rendez-vous très prisé. En 1863, par exemple, c’est en ses murs que le Club alpin suisse tint sa première réunion.

Mais le Bahnhofbuffet Olten a, surtout, été le témoin privilégié de l’histoire politique suisse. Pour la droite comme pour la gauche. C’est là, dans le bâtiment aujourd’hui calé entre les voies 4 et 7, que fut créée l’Union syndicale suisse, en 1880. Puis le Parti radical suisse, quatorze ans plus tard. Enfin, le mythique restaurant fut également le repaire du Comité d’Olten, qui joua, sous l’impulsion de Robert Grimm, un rôle majeur lors de la grève générale de 1918. Bref, le buffet de la gare d’Olten – méprisé par les trains rapides reliant Berne à Zurich d’un trait – méritait bien une halte. Et un café.

400 nouveaux postes

Les nostalgiques, aujourd’hui, risquent toutefois d’être déçus. Le mythique endroit, tel qu’on l’imagine, a laissé la place à un buffet pratique et fonctionnel, exploité par une chaîne internationale de restauration et services aux voyageurs. Le lieu voit certes les visiteurs défiler toute la journée. Mais ni Frisch ni Dürrenmatt, ni encore Nicolas Bouvier n’y sont – hélas – plus attablés.

Aux oubliettes, le légendaire buffet qui a autrefois donné son nom à un dialecte alémanique, fruit du brassage des passagers CFF? Ernst Zingg ne partage pas cet avis. Le bistrot, dit-il, n’accueille peut-être plus de séances aussi secrètes. Mais la demi-douzaine de salles de séminaires, à l’étage, continue de voir défiler partis, associations, fédérations ou clubs. Car Olten, qui se veut le paradis des pendulaires, mise également sur les conférences.

Bref. Peu importe, en fin de compte, que les Intercity arrogants, du Léman à Zurich, snobent la petite ville soleuroise. Olten a de l’ambition. D’ailleurs les CFF, qui forment, avec 2300 postes, le plus gros employeur de la ville, sont actuellement en train d’y recentrer une partie de leurs tâches, avec la création de 400 nouveaux emplois à la clé d’ici à 2015. De quoi assurer le proche avenir du plus célèbre, sans être le plus charmant, des buffets de gare helvétiques.

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