«Les quotas sont bons pour les femmes»

Egalité La Confédération veut imposer 30% de femmes dans les conseils d’administration

L’Europe a pour sa part déjà légiféré

A l’Université de Genève, la préposée à l’égalité, Brigitte Mantilleri, n’a aucun doute: les quotas sont nécessaires pour faire avancer la représentation professionnelle des femmes.

En tout cas, la politique qui consiste à fixer des minima de «personnes du même sexe» dans les instances dirigeantes des entreprises (comme il est dit en France) s’installe partout en Europe. C’est en modifiant les lois sur les sociétés que les Etats parviennent à pousser les entreprises à améliorer le nombre de femmes dans les conseils d’administration (CA). Cet interventionnisme inclut parfois des sanctions. C’est le cas aujourd’hui en France (voir ci-dessous).

En Suisse, le Conseil fédéral a présenté la semaine passée un projet dans le cadre du nouveau droit des sociétés anonymes (avec un objectif à 30% de femmes dans les CA). Mais celui-ci ne va pas aussi loin qu’ailleurs. «Il prévoit un système du type «déclarer et justifier», qui n’est pas contraignant», regrette Cathy Savioz, ­vice-présidente des Business Professional Women Switzerland. La Genevoise met d’abord en avant la compétitivité des entreprises, plutôt que la morale. «Les entreprises mixtes sont plus rentables que les autres. En fait, c’est Johann Schneider-Ammann, le ministre de l’Economie, qui devrait accompagner ce texte, plutôt que Simonetta Sommaruga à la Justice», commente-t-elle. Et de citer une étude de Credit Suisse publiée en septembre 2014, montrant que les bénéfices des entreprises croissent quand la diversité des CA augmente. «C’est cocasse. Ils se demandent si ce sont les meilleures entreprises qui engagent le plus de femmes, ou si ce sont les bonnes performances de ces entités qui sont liées à une plus grande représentation des femmes», s’amuse cette enseignante.

«Comme le dit Brigitte Grésy, cite la préposée à l’égalité de l’Université de Genève, Brigitte Mantilleri, les quotas existent déjà implicitement dans les CA lorsqu’ils sont masculins à 100%! Tous ces hommes sont-ils compétents? On peut se le demander. Il y a des faits liés au fonctionnement des institutions qui expliquent qu’il est objectivement plus difficile pour des femmes, mêmes excellentes, d’accéder aux postes les plus élevés.»

Dans l’alma mater, les étudiantes sont 62%; or seuls 16,2% des professeurs ordinaires sont des femmes. En revanche, 30% des professeurs assistants ou associés sont de sexe féminin, indique cette ancienne journaliste. Alors que dans le privé, le taux de femmes dans les fonctions dirigeantes se situe au-dessous de 10%. «Il y a eu de gros progrès ces dernières années. L’Université se rend compte qu’en n’agissant pas, elle perd des têtes chercheuses. L’objectif est d’atteindre une représentation d’un tiers de femmes. La pratique montre qu’à partir de ce taux, celui-ci ne retombe plus.» Les quotas, n’est-ce pas trop strict pour l’économie? «L’objectif est d’atteindre une parité d’environ 40/60, dans un sens ou dans l’autre», indique Brigitte Mantilleri. Elle juge que la Suisse, qui est partie «en retard», est en train de se rattraper. «Le Conseil fédéral compte beaucoup de femmes et cette présence féminine s’accroît à tous les niveaux du politique. Ce mouvement a lieu pied à pied, dans les communes, dans les cantons, c’est une évolution qui est un produit typique du consensus suisse et de la démocratie directe.»

«L’objectif est une parité d’environ 40/60, dans un sens ou dans l’autre»