Il fallait s'y attendre. A l'heure du GPS et du tout-écran, les cartes topographiques de randonnée et les panneaux didactiques placés sur les sentiers commencent à se parer d'une légère patine. Les offres de circuits pédestres assistés d'un guide numérique se développent en Europe et en Suisse. Cet été, après une expérience pionnière menée par le Parc national suisse, au moins deux nouvelles propositions de randonnée «technologique» ont vu le jour en Suisse romande. En Valais, l'association Pro Natura invite à découvrir la splendide forêt d'Aletsch au moyen d'un guide mobile qui distille des informations sous forme audio, visuelle et graphique au fur et à mesure de la progression du marcheur.

Dans le canton de Vaud, l'Office du tourisme de Villars a imaginé une offre axée sur la connaissance de la faune du milieu alpin au moyen de vidéos. Une nouvelle manière de découvrir la nature, interactive et non polluante, appelée à se développer avec l'amélioration de la technologie mobile.

En 2005, le Parc national suisse lançait le WebPark, premier guide multimédia européen pour les visiteurs d'un espace naturel. Issu d'une collaboration entre partenaires européens (EADS Systèmes et Informations, la City University de Londres, ou encore la société néerlandaise Geodan Mobile Solutions) et suisse (l'Université de Zurich), ce projet a été concrétisé par la société française Camineo, qui a conçu ce PDA (personal digital assistant) muni d'un GPS. Séduit par le concept, le parc national du Mercantour en France l'adoptait à son tour en 2006. En 2007, les Hautes-Pyrénées mettaient à la disposition des randonneurs Pyrénéo, l'équivalent du WebPark. Les projets de découverte d'espaces naturels à l'aide d'un guide numérique de la taille d'un PALM continuent à voir le jour. En hiver 2008, Camineo offrira aux amateurs de raquettes un premier guide de rando-neige dans le massif du Dévoluy (Hautes-Alpes) baptisé Taïsson. Quant aux cyclistes, ils disposent de Cyclopedia, qui leur délivre des informations sur un parcours de 70 kilomètres au fil de la Loire.

Fort du succès rencontré lors de son premier essai, le Parc national suisse propose depuis cette année une nouvelle version du WebPark, dont les possibilités et les contenus ont été élargis. Disponible en trois langues, doté d'un GPS, il indique à tout moment la position du randonneur, et offre une multitude d'informations sur la faune, la flore et la géologie de la région. Il renseigne son utilisateur sur les quelque 3000 points d'intérêt que compte le parc. Il est muni d'une aide interactive à l'identification des espèces, et utilise le réseau GPRS pour le transfert des données. Les gestionnaires du parc peuvent envoyer des informations en temps réel aux visiteurs, par exemple les prévenir de l'arrivée d'un orage. Quant à l'utilisateur, il peut insérer des commentaires personnels, et partager ses observations avec d'autres randonneurs en promenade sur les 80 km de sentiers que compte le parc.

«La philosophie, c'est de permettre au visiteur d'observer et de comprendre ce qu'il y a autour de lui, dit Ruedi Haller, responsable du projet. Notre but est double: il s'agit d'une part d'éviter l'installation de panneaux d'information dans le parc. D'autre part, nous voulons attirer un groupe d'âge d'habitude peu intéressé par la nature et la randonnée, les 15-25 ans. Or le WebPark répond à leurs intérêts.»

Ces deux arguments sont partagés par le directeur de l'Office du tourisme de Villars, Serge Beselin, qui vient de lancer une offre de «randonnée technologique». «Les panneaux d'information polluent le paysage, et il faut les changer tous les trois ans car ils pourrissent, dit-il. Les guides numériques permettent de respecter l'environnement et offrent une grande facilité d'utilisation. Et nous voulions un produit répondant aux nouvelles attentes des jeunes et des familles.»

Contrairement aux autres guides numériques dont il est question ici, le concept villardou ne propose pas une multiplicité d'informations selon le lieu où se trouve le randonneur. Bien que doté d'un GPS qui indique en permanence la progression du marcheur, il offre uniquement des vidéos animalières avec bandes-son réalisées par le photographe Eric Dragesco. Le randonneur a le choix entre cinq sentiers. Chacun propose un thème différent: la faune de moyenne montagne, la faune alpine et nivale, les oiseaux de l'étage subalpin, les mammifères de montagne, la faune des parois et des adrets. En tout, cela représente 50 clips animaliers d'une durée de 4 minutes environ.

Lorsque le randonneur traverse la zone d'habitat d'un animal, une sonnerie retentit et une vidéo se met en route. Le renard, la martre, le loup, le cerf, le blaireau, le lynx, le chevreuil, mais aussi, curieusement, l'ours, pourtant jamais repéré dans la région touristique de Villars-Gryon, sont quelques-uns des animaux dont on fait la connaissance à travers les vidéos soignées d'Eric Dragesco.

Ce concept, développé par la société Geomatic, a donc un caractère essentiellement virtuel, et aussi un peu artificiel, dans la mesure où le promeneur ne reçoit aucune information sur ce qu'il voit au cours de son cheminement. Et le temps passé à regarder les vidéos peut paraître long au bout d'un moment. Son utilisation coûte aussi plus cher, pour des prestations moins étendues: 15 francs la randonnée, contre 5 francs par jour pour le WebPark (ou 10 francs pour trois jours). Quant à l'eGuide de Pro Natura, il est gratuit.

Le projet de Pro Natura est lui directement inspiré du WebPark du Parc national suisse. L'association, qui fête ses 100 ans en 2009, y a vu l'occasion de moderniser son image. Mais les préoccupations écologiques et la volonté d'attirer un jeune public vers la randonnée représentent ses principales motivations. Le guide numérique signe-t-il la mort des guides professionnels de montagne et d'autres espaces naturels? Non, selon Ruedi Haller. «Le WebPark convient à une clientèle individualiste, qui n'a pas envie d'être accompagnée par un guide toute la journée. Il représente une offre complémentaire.» Le Parc national suisse reçoit quelque 150000 visiteurs par année. Or, l'an passé, le WebPark a été loué 700 fois. Les dix appareils mis à disposition ont un taux d'occupation quotidien de 40 à 50%, sauf durant les deux dernières semaines de juillet et la première semaine du mois d'août, où il est de 100%.

Les guides numériques vont bien entendu évoluer avec les progrès technologiques. Les responsables du Parc national suisse pensent déjà à adapter leur offre à l'iPhone d'Apple. Les visiteurs auront ainsi la possibilité de télécharger les informations directement sur le Web, sans louer de PDA.