Biologie

Les rats s’orientent au moyen d’une carte à deux dimensions

Le Prix Louis-Jeantet de médecine a été décerné cette année à des recherches sur le sens de l’orientation et une protéine moins nuisible qu’il n’y paraissait

Les rats s’orientent au moyen d’une carte à deux dimensions

Biologie Le Prix Louis-Jeantet de médecine a été décerné cette année à des recherches sur le sens de l’orientation et une protéine plus complexe qu’il n’y paraissait

Un couple de neurobiologistes norvégiens, Edvard et May-Britt Moser, et un biologiste allemand, Stefan Jentsch, sont les lauréats 2011 du prestigieux Prix Louis-Jeantet de médecine. Etablie en 1986 à Genève, cette distinction aussi ambitieuse que généreuse est destinée à des chercheurs de pointe en exercice dans un des pays membres du Conseil de l’Europe.

La présence de plusieurs lauréats ne résulte pas d’une difficulté particulière à les départager. Elle est ici une tradition. Contrairement au prix Nobel de médecine qui récompense des scientifiques pour l’ensemble de leur œuvre, le prix Louis-Jeantet distingue des chercheurs en pleine activité, dans le but d’encourager leurs travaux. Sur les 700 000 francs accordés, seuls 100 000 francs sont ainsi remis à titre personnel aux heureux élus. Les 600 000 francs restants servent à financer la poursuite de leurs travaux. Dans cette perspective, deux ou trois bénéficiaires valent mieux qu’un.

Des neurones du troisième type

Edvard et May-Britt Moser sont les premiers Norvégiens à recevoir la distinction. Ils forment aussi le premier couple à la recueillir. «Il était impossible de récompenser l’un des deux seulement, explique Bernard Rossier, secrétaire du Comité scientifique de la Fondation Louis-Jeantet, qui attribue le prix. Ils ont autant de mérite l’un que l’autre, comme c’était le cas pour Pierre et Marie Curie.»

Le couple est récompensé pour ses travaux sur le sens de l’orientation. Dans les années 1970 et 1980, des recherches sur les rats ont permis de lier deux types de neurones aux déplacements: les «cellules de lieu» qui s’activent lorsque l’animal passe à un endroit déterminé, et les «cellules d’orientation de la tête», qui interviennent quand le rongeur tourne son regard dans une certaine direction. Les deux Norvégiens ont découvert en 2005 un troisième genre de neurones concernés par ces pérégrinations: les «cellules de grille».

Ces neurones ne se situent pas dans l’hippocampe mais dans une zone cervicale voisine, le cortex entorhinal médian. Ils émettent des décharges à intervalles de distance régulières. Ces points, une fois reliés les uns aux autres, pavent l’ensemble de l’espace connu en dessinant des triangles équilatéraux, d’où le nom de «grille» donné aux cellules. Au total, ils constituent une carte topographique en deux dimensions, qui fournit au rat des informations sur sa direction et la distance qu’il a parcourue. Une découverte qui a révolutionné les idées admises sur le sujet.

Protéine réparatrice

Stefan Jentsch a été primé de son côté pour ses travaux sur le fonctionnement des cellules, et plus particulièrement sur l’influence de certaines protéines sur leurs semblables.

Le chercheur s’est intéressé à une protéine baptisée «ubiquitine», nom qu’elle doit à sa présence dans toutes les cellules à noyau. L’ubiquitine était jusqu’ici connue pour son rôle dans le déclenchement de la dégradation de diverses protéines. Grâce à Stefan Jentsch et à son équipe, il lui est reconnu désormais une gamme de fonctions, dont celle, très positive, de contribuer à la réparation de l’ADN.

Différents mécanismes permettent de réparer l’ADN endommagé et de sauvegarder le génome. Le lauréat du prix Louis-Jeantet a identifié l’un d’entre eux, le «commutateur PCNA» (Proliferating Cell Nuclear Antigen), qui recourt à l’ubiquitine, seule ou en groupe, ainsi qu’à une autre protéine du nom de SUMO.

La découverte a non seulement des implications médicales, notamment dans le domaine du cancer. L’ubiquitine étant susceptible de causer des mutations, elle ouvre aussi un vaste champ de réflexion sur l’évolution des espèces.

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