Le résultat est moins serré que l'on aurait pu s'y attendre. Sans même provoquer de Röstigraben. Les électeurs ont clairement refusé - à 58,6% de non et une majorité de 16 cantons et 6 demi-cantons - l'initiative des syndicats «pour un âge de la retraite flexible». Le rejet est d'autant plus clair, a relevé Pascal Couchepin, qu'un projet similaire des Verts, balayé en 2000, avait recueilli 46% de oui. «En huit ans, on enregistre donc un recul important du nombre de oui», a glissé le président de la Confédération.

Et maintenant? Ce nouveau rejet, plus net que prévu, pourrait bien se retourner contre la gauche, à l'heure où les Chambres fédérales remettent sur le métier la 11e révision bis de l'AVS. En mars 2008, rappelons-le, une majorité du Conseil national - formée par l'UDC, le PRD et quelques PDC - a en effet accepté de justesse un relèvement de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Mais, contrairement au projet proposé par le Conseil fédéral, elle n'y a pas ajouté de contrepartie financière pour la retraite flexible.

Or, la solution du National, qui permettrait certes de dégager des économies de l'ordre de 800 millions de francs, est «sans espoir» de passer la rampe du souverain en cas de référendum, constate Pascal Couchepin. «Pour mémoire, un projet similaire a échoué en votation populaire en mai 2004 (ndlr: 67,9% de non)», rappelle de son côté la PDC Thérèse Meyer.

Tous les yeux, dès lors, sont tournés vers le Conseil des Etats, appelé à corriger le tir, en attribuant à la retraite à la carte une partie des 800 millions économisés par le relèvement de l'âge de la retraite des femmes. Autrement dit, il s'agirait de ficeler un compromis entre le modèle du National et les propositions du camp rose-vert, jugées trop coûteuses et «arrosoir» par la droite et le PDC.

Un résultat nettement plus serré, hier, aurait pu faire pression sur la commission compétente de la Chambre haute, qui reprend ses travaux en janvier. «Mais, au final, les initiants ne nous ont pas rendu service», soupire Thérèse Meyer. «Nous les avions pourtant prévenus. Leur initiative était malvenue, au moment où le parlement cherchait une solution pour une retraite flexible et ciblée sur les personnes exerçant des métiers pénibles ou travaillant longtemps. Ce refus net ne va pas encourager le Conseil des Etats à trouver une solution», déplore la Fribourgeoise.

«C'est vrai, le risque existe que les Etats suivent la voie du National», reconnaît le conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS). Cela étant, poursuit le président du PS, Christian Levrat, «le résultat des votations ne peut pas être interprété non plus comme une porte ouverte à un démantèlement». D'ailleurs, les socialistes ont déjà menacé de lancer un référendum le cas échéant.

Pour sa part, Pascal Couchepin s'est montré confiant dimanche, invitant le parlement à accepter la 11e révision de l'AVS, qui «offre davantage de flexibilité, notamment par la possibilité de prendre une demi-retraite». Le modèle du Conseil fédéral, a rappelé le radical valaisan, introduit également «la fameuse rente-pont», permettant aux bas revenus, qui ne touchent pas les prestations complémentaires, de prendre leur retraite dès 62 ans.

Cela étant, estime le chef de l'Intérieur, si le parlement ne s'accordait pas sur un modèle financier, il serait encore possible de se contenter d'adaptations techniques. La 11e révision bis n'inclurait alors ni augmentation de l'âge de la retraite des femmes ni mesures de soutien à la préretraite. Une réformette, en somme, dont Christian Levrat ne voit «pas l'utilité».

Et Pascal Couchepin de prévenir: «Renvoyer la flexibilisation à une réforme ultérieure complète de l'AVS, c'est renvoyer son introduction à de nombreuses années.» Quelle solution privilégieront en fin de compte les sénateurs? «Le résultat d'hier n'agira certes pas comme un signal», note la radicale Christine Egerszegi. «Mais le désir de la population de disposer de davantage de flexibilité est néanmoins très sérieux. Nous ne pouvons donc pas uniquement opter pour le relèvement, nécessaire, de l'âge de la retraite des femmes, sans contrepartie. Cependant, cette contrepartie doit être ciblée, et profiter aux personnes travaillant longtemps ou exerçant des métiers difficiles. Comme par exemple le personnel soignant», estime la conseillère aux Etats argovienne.

Pour Christine Egerszegi, «il est également nécessaire de continuer à trouver des solutions de branche, comme dans le secteur de la construction». A noter qu'avant la votation, Pascal Couchepin expliquait au Temps que le coût du financement de cet accord avait été sous-estimé (LT du 21.11.2008).