Quelles seront les conséquences sur les rapports entre l'Etat et l'économie?

Alain Berset:Pour ce qui est de la régulation, je crois qu'il faut être capable de mettre en place un système qui ne dépende pas des sursauts politiques, capable de tenir aussi bien en période de beau temps qu'en période de tempête. Il est possible, si l'Etat joue un rôle plus important dans l'économie, qu'il y ait un effet un peu anticyclique et que cela réduise les effets des grands chocs. Il faut rappeler ce qu'est l'Etat. L'Etat c'est nous. On ne peut honnir l'Etat en disant c'est une sorte d'acteur extérieur. Actuellement, l'Etat n'est pas le problème, c'est la solution.

Michel Halpérin: L'Etat est certes le rempart contre les insécurités. Nous avons beaucoup de réglementations et ma confiance dans le politique est atténuée par le fait qu'il est obligé de surfer sur les émotions. Je vous rejoins sur la nécessité d'un Etat modéré, qui fixe des modèles durables. Un Etat qui ne se prend pas pour le patron des entreprises mais donne les moyens de sa politique.

Alain Berset: Vous évoquez une confiance amoindrie dans la politique. Actuellement, la confiance est surtout amoindrie envers les milieux économiques. Ils ont traité la politique avec arrogance. Ceux qui ont fait preuve de cette suffisance se sont tournés, peu de temps après, vers l'Etat, pour demander de l'aide. Dès lors, voici la vraie question: qui doit supporter les risques d'un sauvetage pour relancer UBS? Ceux-ci doivent-ils être intégralement transférés à l'Etat? On sort un paquet d'actions, qu'UBS elle-même considère comme un boulet, et on le rachète par le biais d'une société contrôlée par la BNS. On l'installe, pour des raisons que tout le monde aimerait comprendre, dans les îles Caïmans. Il n'y a aucune raison que la collectivité publique porte seule le fardeau. L'ensemble des actionnaires peut par contre l'assumer. Parmi eux, l'Etat représente une part importante. A ce titre, je propose d'entrer dans le capital, de manière temporaire. Car je n'imagine pas la Suisse gérer à long terme un géant bancaire, qui brasse des montants cinq fois supérieurs au PIB.

Michel Halpérin: Je suis d'accord de dire que la situation commandait une intervention de l'Etat. Savoir si c'est bien ou pas bien d'aller aux Caïmans est une question purement politique et psychologique. Pourquoi en exploiter l'image fantasmatique quand on a des sujets importants à aborder? Cette question aurait pu être évitée. Le travail n'a pas été fait intelligemment. Je reviens au vrai sujet, qui est de savoir si on veut qu'un plan soit fait et qui doit en supporter les conséquences. Sur le principe, les remèdes que vous proposez ressemblent beaucoup à ce qu'a voulu le gouvernement. Il veut prêter l'argent pendant deux ou trois ans et, au bout de cette période, l'Etat deviendrait actionnaire d'UBS. Vous répondez qu'il faut devenir d'urgence l'actionnaire d'UBS, quitte à défaire ce paquet d'actions plus tôt. C'est en gros une question de poule et d'œuf. Pour les 60 milliards, il y avait la nécessité de créer une société de défaisance. Si on ne sauve pas UBS, tout le monde tombe avec elle, y compris les entrepreneurs compétents. C'est pragmatique. Cela n'a rien à voir avec la morale. C'est amoral. C'est fait pour faire marcher le système. Maintenant, qui doit supporter l'effort? J'ai envie de vous dire que les actionnaires ont déjà beaucoup payé puisque leurs titres ont perdu trois quarts de leur valeur. Mais hélas, en Suisse, actionnaires et contribuables sont les mêmes, ne serait-ce que par le fonctionnement des fonds de prévoyance. Ceux-ci sont les principaux actionnaires d'UBS, qui est donc la propriété collective de tous les salariés suisses. C'est vrai que ça paraît scandaleux, en tout cas problématique, de distribuer le profit des actionnaires et les pertes aux contribuables. En réalité, en mettant les actifs malades dans une société de defaisance, dans la durée, les pertes pourraient devenir des bénéfices.

Alain Berset: Vous avez dit que les actionnaires avaient déjà payé un lourd tribut et que les fonds de pension étaient les principaux actionnaires d'UBS. Or, aujourd'hui, les fonds de pension sont extrêmement minoritaires dans UBS. Les principaux actionnaires sont étrangers.