Editorial

Le règne technologique, l’autre guerre commerciale

EDITORIAL. Les géants de la tech américains (GAFA) se battent pour franchir le seuil symbolique des 1000 milliards de capitalisation. Mais leurs rivaux chinois pourraient les devancer sous le regard passif de l’Europe

Qui sera le premier à valoir 1000 milliards de dollars à la bourse? Dans la course effrénée à la croissance entre géants de la tech, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), la marque à la pomme, qui mercredi à 18 heures était capitalisée à 967 milliards, se dispute cette place avec le géant de l’e-commerce Amazon, qui vaut 869 milliards.

Wall Street frétille. Les cols blancs sont fébriles. Mais cette prochaine prouesse est à nuancer. D’abord parce que les aléas boursiers, ces dernières semaines, ont montré une forte variation chez les grands acteurs du secteur. Une chute de 19% pour Facebook en un jour, 120 milliards en chiffres absolus. Et un dévissage de 17% pour Twitter malgré un bénéfice historique de 100 millions de dollars.

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Défiance généralisée

Derrière cette insolente prospérité, ces petits empires américains, dont dépendent bon nombre de nos petits gestes quotidiens et auxquels nous livrons nos données les plus sensibles, font face à plusieurs périls.

Critiqués pour leurs pratiques douteuses d’optimisation fiscale ou leur mépris de la protection de la vie privée, comme l’a montré le scandale Cambridge Analytica, ils subissent également la colère des Etats, qu’ils menacent par leur position ultra-dominante.

Dans une logique de marché, on assiste donc à un mouvement vers une régulation de plus en plus contraignante. L’entrée en vigueur en Europe du Règlement général sur la protection des données matérialise cette méfiance généralisée envers des acteurs qui sont devenus le centre du monde.

L’arme fatale de l’intelligence artificielle

La vraie compétition n’est pourtant pas celle qui se joue entre les GAFA. Elle vient de Chine. Baidu, le Google chinois, Alibaba, le géant de l’e-commerce, et Tencent, acteur majeur de la messagerie, du jeu vidéo et de la musique en ligne, trio qu’on appelle les BAT, sont bien armés pour rompre cette domination sans partage des mastodontes américains.

Evoluant dans un écosystème très protectionniste, puisque la Chine ferme ses portes à la concurrence étrangère ou la freine très sérieusement, ces stars du high-tech enregistrent une progression fulgurante à l’intérieur de leurs frontières. Vu la taille du marché chinois, ils sont déjà au moins aussi puissants que les GAFA. Tencent vaut 424 milliards de dollars.

Ils sont déjà partiellement installés en Europe, colonisent discrètement les pays émergents et possèdent d’importants relais de croissance, notamment dans le paiement mobile, le big data et l’intelligence artificielle, arme fatale du XXIe siècle dont l’Etat chinois a fait une priorité nationale.

Derrière l’acier, le bourbon et les Harley Davidson, une autre guerre commerciale féroce se joue. Et l’Europe, qui n’a pas encore son Facebook ni son Alibaba, risque de n’en être qu’un des champs de bataille.

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