La renaissance de la «Françallemagne»

L’Allemagne et la France se ressemblent de plus en plus. Peut-être n’est-ce pas pour le meilleur mais, pour qui souhaite leur rapprochement, pour qui rêve de les voir redevenir, ensemble, l’avant-garde de l’Union en coordonnant leurs politiques, la similitude croissante de leurs échiquiers intérieurs est extrêmement réjouissante.

En France, on sait. La droite au pouvoir parle de plus en plus à gauche depuis les faillites de Wall Street. Dépouillée de ses idées par Nicolas Sarkozy, la gauche ne sait plus où elle en est tandis que la gauche de la gauche et les écologistes prospèrent sur ce désarroi socialiste. Peut-être n’est-ce pas très sain mais, alors que les Allemands s’apprêtent à voter demain, le fait est que leur scène intérieure rappelle étonnamment la française.

Après quatre ans de grande coalition, de gouvernement commun entre la droite démocrate-chrétienne de la CDU et la gauche social-démocrate du SPD, l’Allemagne allait passer à droite. Depuis de longs mois, les sondages donnaient une si large avance à la CDU qu’on la voyait déjà gouverner, à coup sûr, avec les libéraux du FDP mais, à l’approche du vote, la gauche frémit.

Ce n’est pas que les sociaux-démocrates soient en passe de gagner, pas du tout, mais ils remontent assez pour que l’ensemble des gauches, le SPD, les Verts et Die Linke, la gauche de la gauche, se retrouve à égalité dans les intentions de vote, 47% contre 48%, avec l’ensemble des droites, démocrates-chrétiens et libéraux.

Il n’est plus exclu que les gauches arrivent, demain, devant les droites mais, même si c’était le cas, ce n’est pas une coalition de gauche qui prendrait les rênes. Cela serait impossible car la gauche, comme en France, est bien trop éclatée en courants contraires et que le SPD se refuse à gouverner avec Die Linke.

Entre ces deux partis, les différences sont trop grandes pour qu’ils puissent se mettre d’accord sur un programme de gouvernement. Tous courants confondus, la gauche est forte en Allemagne. Les idées de gauche y sont si présentes que les syndicats recrutent à tour de bras dans la jeune génération, que Die Linke siège dans les parlements de onze des seize Länder et recueille 10% des intentions de vote. Sur le papier, la gauche pourrait être portée au pouvoir mais deux cultures la divisent, culture de gouvernement et culture de contestation. Si les droites ne l’emportent pas, le plus probable est que la coalition sortante soit reconduite, exactement comme le serait, demain, Nicolas Sarkozy, qui a su incarner une grande coalition à lui seul en empruntant tant à la gauche.

Forte à gauche, cette similitude franco-allemande ne l’est pas moins à droite. Officiellement, Angela Merkel souhaite gouverner à droite, avec les libéraux, mais il n’est pas du tout prouvé qu’elle serait plus à l’aise avec le FDP qu’avec les socialistes. Sans même parler du gène social de la CDU, Angela Merkel n’aime pas l’arrogance de l’argent. Comme Nicolas Sarkozy, elle considère que la régulation du marché est devenue une nécessité politique car sa liberté n’a plus bonne presse. Elle s’en est donc fait l’apôtre sur la scène internationale, alors que le FDP est, lui, d’une parfaite orthodoxie libérale. Angela Merkel est beaucoup plus proche du SPD que des libéraux, exactement comme Nicolas Sarkozy est désormais plus proche des socialistes que du candidat de la «rupture libérale» qu’il avait été. Cette France et cette Allemagne pourront beaucoup faire ensemble. On ne devrait pas tarder à le voir.