Agitateur des planches

René Pollesch, auteur et metteur en scène

Le plus insolent, le plus brigand peut-être, le plus joueur, c’est lui. René Pollesch, 47 ans, pirate les formes populaires, la telenovela à la brésilienne et le vaudeville. Il en réécrit la trame, y injecte des citations de philosophes ou d’économistes, construit, d’un fragment à l’autre, un miroir désagréable de la société. L’artiste est un enfant de la Volksbühne berlinoise, maison où s’articule la contestation du capitalisme, où le théâtre gronde, hors cadre établi, souvent, sous les ordres de Frank Castorf, un maître.

René Pollesch dirige le Prater, dépendance de la Volksbühne. Il y monte ses propres pièces, comme Telefavela, trilogie désormais fameuse. Son propos? Les conditions de travail des ouvriers immigrés. La lutte des classes telle qu’elle se poursuit au supermarché entre chefs de rayon et manutentionnaires. Ce théâtre est politique, c’est-à-dire ancré dans l’ordinaire de la vie et dans la pensée. René Pollesch fait exploser les évidences, dans les fictions comme dans la réalité de son travail.

Sur le plateau, pendant les répétitions, il refuse les rapports hiérarchiques classiques. En tant qu’auteur-metteur en scène, il ne dirige pas ses acteurs, dit-il volontiers. Il construit avec eux la représentation, soucieux de ne rien figer. Pas de vedettes et de seconds rôles chez lui. Mas un corps à multiples têtes, au travail. C’est ce qu’on appelle un laboratoire d’utopie.