La notion même de réserves cantonales est nouvelle et demeure contestée par une bonne partie des assureurs. Ces derniers équilibrent leurs comptes au niveau national et c'est dans ces comptes globaux que la loi les oblige à afficher un taux minimum de réserves qui varieront en 2009 entre 10% pour ceux qui comptent plus de 250000 assurés et 15% en dessous. Lorsqu'ils ont fait des calculs trop pessimistes, le niveau de leurs réserves augmente. Lorsqu'ils sont trop optimistes - ou pratiquent localement une politique concurrentielle plus agressive - les coûts dépassent les revenus et le niveau des réserves baisse.

Jeu des prévisions

La prime de référence est elle aussi, en principe, globale. Mais la loi autorise les assureurs à la moduler en fonction du niveau des coûts dans chaque région, une possibilité dont ils font abondamment usage. C'est donc au niveau de chaque région qu'ils jouent au jeu des prévisions et, en conséquence, constituent des réserves supplémentaires ou en dissolvent. Dans les années écoulées, leurs calculs ont systématiquement été trop pessimistes dans les cantons chers comme Zurich, Genève et Vaud et trop optimistes dans la Suisse centrale et à Berne. Il s'en est suivi une accumulation de réserves dans les premiers, une fonte voire un déficit dans les seconds.

Ces réserves cantonales sont purement calculatoires, font valoir les assureurs: elles apparaissent dans les comptes cantonaux sans jouer de rôle dans la stratégie nationale. Peter Indra concède ce point. Mais il considère également - et c'est un point de vue relativement nouveau de la part de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) - que l'argent accumulé dans les cantons chers implique un effort supplémentaire - et indu - des assurés concernés. Ces derniers jouant le rôle de banquiers tandis que les payeurs de primes uranais, obwaldiens ou bernois sont leurs débiteurs, pour reprendre la formule utilisée par Pascal Couchepin devant les Chambres jeudi.

Une mise à niveau est donc à l'ordre du jour. Pour les cantons «créanciers», cela signifie quelques années un peu plus faciles. Pour les autres, le risque d'une sérieuse soupe à la grimace. Et, estime Peter Indra, la nécessité de concerter les hausses, sous peine de voir les plus disciplinés des assureurs lourdement prétérités face à des concurrents plus lents à obtempérer. C'est le but de la rencontre avec les caisses et les cantons convoquée pour le début 2009.

L'effet des marchés financiers

Mais une autre donne est entrée dans le jeu: la baisse des marchés financiers. Les réserves des caisses y sont en grande parties investies - il y en a en gros pour 11 milliards. A des conditions réglementées légalement pour éviter les placements les plus risqués, certes. Mais tout de même en actions à hauteur de 65%, le reste se ventilant entre obligations (25%) et placements divers, avant tout immobiliers.

La loi oblige aussi les caisses à comptabiliser leurs actions à la valeur d'achat. En période de hausse des marchés, cela débouche sur la constitution de réserves latentes - et donc sur une transparence plutôt opaque. Aujourd'hui, on ignore le montant de pertes tout aussi latentes. Tant les assureurs que l'OFSP se veulent rassurants. Mais dans ce domaine, les accidents peuvent faire mal.

Les hausses de primes voisines de 10% que les assurés ont dû avaler en 2002 et 2003 ont notamment servi à reconstituer des réserves asséchées par la crise financière de l'automne 2001, succédant à une politique délibérée de dissolution.