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Le retour triomphal de Norodom Sihanouk

Un palais battant neuf pour le retour du prince. «Journal de Genève» et «Gazette de Lausanne», 14 novembre 1991

«C’est en véritable triomphateur que le prince Norodom Sihanouk s’apprête à regagner demain le pays qu’il quitta voici plus de treize ans. Et pour le recevoir, les autorités de Phnom Penh n’ont rien négligé. En chantier depuis plusieurs semaines, la capitale cambodgienne, laissée à l’abandon sous le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979, a peu à peu repris ses allures d’antan. Débarrassées des mauvaises herbes et bordées de centaines de drapeaux rouge et bleu frappés des cinq tours d’Angkor (l’emblème du régime actuel), les larges avenues ombragées de cette ville redevenue coquette ont toutes subi un «lifting» pour accueillir le convoi princier. […]

Fini le temps encore récent où l’on préférait cacher les photos de l’ancien souverain cambodgien, par peur d’encourir les foudres du régime. Hier banni des livres d’histoire et présenté par les autorités de Phnom Penh, installées par le Vietnam en 1979, comme un «ennemi», en raison de son alliance avec les Khmers rouges au sein de la coalition de la résistance, Norodom Sihanouk est, en l’espace de quelques mois, redevenu le «roi». […] Un changement majeur concrétisé par l’installation hier sur l’esplanade du Monument de l’Indépendance, de deux portraits géants du prince, dont trente mille reproductions petit format devraient être distribuées demain à la foule. […] Plusieurs centaines de milliers de Cambodgiens sont attendus dès l’aube sur le parcours prévu. Mis en congé par le gouvernement soucieux de récupérer à son profit la popularité de l’ancien souverain, des milliers de fonctionnaires notamment seront présents le long des huit kilomètres de route séparant l’aéroport du palais royal, entièrement rénové ces derniers mois grâce à une aide conséquente de la France. […]

Mais derrière la façade, la réalité est moins conforme au décor. Comme si la capitale cambodgienne fraîchement ripolinée, nettoyée et ornée de l’effigie de «Monseigneur» n’était en fait qu’un dangereux trompe-l’œil. «Incapable de contrôler l’économie du pays, entraînée dans la spirale d’une libéralisation tous azimuts, et toujours assis sur la domination du parti unique, le gouvernement cherche d’abord à utiliser Sihanouk, confirme un observateur étranger […] Force est de constater qu’un fossé existe entre le faste déployé pour accueillir le prince et la réalité de ses futurs pouvoirs. Un fossé que toute l’habileté de Norodom Sihanouk ne suffira peut-être pas à combler. Bien que président du Conseil national suprême, ce dernier devrait en effet davantage jouer le rôle d’un arbitre que celui d’un leader […]»

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