Gordon Brown a retrouvé le sourire. Alors que la crise financière bat son plein, le premier ministre britannique affiche une bonne humeur à toute épreuve. L'Ecossais ténébreux a même trouvé le temps de faire des blagues, et - c'est une première - de faire rire. «On va encore nous annoncer une banque qui a fait faillite», coupe-t-il quand un téléphone portable se déclenche au plein milieu d'un de ses discours.

L'homme de la situation

Lui qui était acculé dans les sondages, accusé d'hésiter sans cesse et de ne pas savoir communiquer, est soudain considéré comme l'homme de la situation. Son large plan de sauvetage des banques britanniques a prouvé qu'il savait trancher et oser si cela était nécessaire. Sa petite phrase, «ce n'est pas un temps pour les novices», a fait mouche contre David Cameron, le leader conservateur. Si Gordon Brown reste en retard dans les sondages, l'écart s'est réduit d'une vingtaine de points à une douzaine.

La crise a été triplement bénéfique pour Gordon Brown. D'abord, elle a rappelé que le premier ministre avait des compétences certaines. Chancelier de l'Echiquier pendant dix ans, il maîtrise l'économie. Son plan de sauvetage, certes arrivant un peu tardivement, est aujourd'hui suivi à travers le monde comme l'exemple à suivre.

Ensuite, la crise a fait taire les critiques internes du Parti travailliste. Les attaques incessantes l'été passé affaiblissaient le premier ministre britannique. Mais, une semaine avant le congrès annuel du Labour, la faillite de Lehman Brothers a soudain fait paraître indécentes les attaques ouvertes de quelques députés. «En ces temps incertains, nous devons être un rock de stabilité et d'équité pour les gens», lançait Gordon Brown devant les militants.

La nomination de son ennemi juré, Peter Mandelson, au poste de ministre de l'Industrie, a été un coup de maître. La surprise était totale, y compris pour l'intéressé. Les «blairistes» sont ainsi de retour dans le gouvernement, et toute tentative de rébellion semble être endiguée pour un bon moment.

Enfin, le troisième avantage de la crise pour Gordon Brown a été de mettre au jour la principale faiblesse de David Cameron. Le charismatique leader des conservateurs est inexpérimenté: il a fêté son 42e anniversaire la semaine dernière et il n'est député que depuis 2001. Il est aussi devenu complètement inaudible depuis quelques semaines, alors que c'est lui qui dominait l'agenda politique les mois précédents. Certes, il s'agit en partie d'un calcul politique. Face à la crise, David Cameron a choisi de ne pas s'opposer au plan de sauvetage des banques, estimant qu'une bataille politicienne serait très mal perçue en ces temps difficiles.

La crise a aussi eu un effet étonnant sur la position européenne de Gordon Brown. Lui, l'eurosceptique, qui s'oppose de toutes ses forces à l'euro en Grande-Bretagne, est celui qui a le plus poussé à un plan d'action coordonné à travers le continent. Il n'avait pas caché sa fureur il y a dix jours, quand la chancelière allemande, Angela Merkel, avait annoncé une garantie unilatérale des dépôts bancaires au lendemain d'un G4 à l'Elysée où chaque leader promettait la solidarité. Depuis, le premier ministre britannique est écouté de tous, présent dimanche soir en marge de l'Eurogroupe, dont il ne fait pourtant pas partie, pour expliquer «son» sauvetage des banques.

Il est évidemment beaucoup trop tôt pour affirmer que Gordon Brown a réussi à retourner la situation. Quand la crise financière se sera calmée, mais que la récession fera souffrir la majorité des Britanniques, les conservateurs retrouveront de la voix. Leur attaque, qui consiste à accuser Gordon Brown des maux économiques actuels, va sans doute porter. Et, quoi qu'il en soit, les travaillistes restent encore très en retard dans les sondages. Mais Gordon Brown a trouvé avec cette crise ce qu'il cherchait désespérément: une chance, sans doute unique, de renverser la situation politique.