Il y a deux mois, la décision des Etats-Unis de participer à des réunions préparatoires de la conférence Durban II, à Genève, avait soulevé des torrents de critiques, aussi bien à Washington qu’à Jérusalem. L’administration Obama, pourtant, se voulait décidée: «Si vous ne participez pas, vous n’avez pas de voix», disait à l’époque Gordon Duguid, porte-parole du Département d’Etat. «Nous voulons aller de l’avant et chercher un moyen de faire de ce document (le document final de la réunion, alors en préparation) un meilleur document que ce qu’il semble être.»

Pure déclaration de forme destinée à sauver les apparences? A peine revenus de Genève, des responsables américains assuraient que, selon eux, le document final «ne pouvait pas être sauvé». La première, la presse israélienne donnait pour acquis le boycott américain de la conférence, se félicitant du fait que cette attitude puisse inspirer d’autres Etats occidentaux. Sans même attendre la confirmation officielle faite ce week-end, une série de membres du Congrès adressait une lettre à Barack Obama pour le «féliciter» d’avoir pris la décision de ne pas assister à cette réunion qui «mine la liberté d’expression et qui est teintée d’un agenda anti-sioniste et antisémite.»

«Complètement hypocrite»

Barack Obama a justifié ce refus par le ton «complètement hypocrite et contre-productif» que risquait de prendre la conférence contre Israël, dans la lignée de Durban I. Mais de nombreuses voix se sont empressées de souligner que cette décision semble inconsistante avec la politique défendue par le nouveau président qui consiste à tendre la main à ceux qui voudront la saisir, même parmi les ennemis de l’Amérique. Les 42 membres du Congressional Black Caucus, qui regroupe les parlementaires noirs américains, se sont dits «consternés». «C’est une occasion ­ratée, purement et simplement, affirme sa présidente, la démocrate Barbara Lee. Si les Etats-Unis avaient envoyé une délégation de haut niveau (à Genève) reflétant la diversité des Etats-Unis, cela aurait envoyé un puissant message au monde, lui disant que nous sommes prêts à mener par l’exemple.»