Bien qu'elle semble partir de bonnes intentions, l'initiative «Pour l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine» se doit d'être rejetée (LT du 22 octobre). En effet, dans les cas qu'elle vise, les témoignages rendus moins fiables par l'écoulement du temps feront que le juge ne pourra bien souvent qu'acquitter l'auteur présumé, faute de preuves. Dans le doute, il vaut mieux avoir un criminel dans la nature qu'un innocent en prison (voir à cet égard les conséquences désastreuses de l'affaire d'Outreau). Ainsi, au lieu d'être soulagée, la victime risque grandement d'être traumatisée une seconde fois par l'acquittement de son abuseur. De plus, certaines infractions sont imprescriptibles, notamment les crimes de guerre et le génocide. Il est aberrant de hisser les actes sexuels contre les enfants impubères, aussi odieux soient-ils, au même niveau que le génocide. En effet, sur le plan de la prescription, il deviendrait alors moins risqué pour un individu d'assassiner des enfants plutôt que d'en abuser sexuellement, puisqu'il bénéficierait d'un délai plus court (trente ans) dans le premier cas! Soit l'on prévoit l'imprescriptibilité pour toutes les infractions graves (ce que je rejette, personnellement), soit l'on prévoit des délais proportionnés en fonction de la gravité de chaque infraction. Enfin, l'initiative crée une insécurité juridique malvenue en droit pénal, puisqu'elle utilise le terme «d'enfant impubère», qui n'est pas précisément définissable. Comprendre la colère et le besoin de vengeance de victimes d'actes pédophiles est une chose, adopter des lois sensées en est une autre. [...]