La législature qui s’achève aura eu d’autres couleurs que les précédentes pour la députation francophone. Les Romands ont fait leur nid, en occupant de nombreux postes clés dans les formations politiques (trois présidences sur les cinq grands partis), au parlement et dans d’autres cercles tels que la Comco, Santésuisse, H+ ou la Finma.

Et les Romands ont accumulé les présidences de commissions parlementaires, surtout entre 2009 et 2011: aux six mandats de Thérèse Meyer (sécurité sociale, Conseil national), Jacques Bourgeois (énergie et environnement, National), Yvan Perrin (institutions politiques, National), Christian Van Singer (constructions publiques, National), ­Maria Roth-Bernasconi (gestion, National) et Alain Berset (institutions politiques, Conseil des Etats), il faut d’ailleurs ajouter trois présidences des Chambres, celles d’André Bugnon (2007-2008, National), d’Alain Berset (2008-2009, Etats) et de Jean-René Germanier (2010-2011, National).

La situation pourrait rester favorable durant la prochaine législature, car dix Romands occupent ­actuellement une fonction de vice-président(e) de commission. En cas de réélection, ces personnes sont bien placées pour prendre la tête de leur organe respectif. Pour mémoire, le parlement est doté de 23 commissions permanentes (12 au National, 11 aux Etats) et de quatre délégations de surveillance.

Voilà qui contraste avec le désert de responsabilités dans lequel les Romands s’étaient égarés au début des années 2000. Aucun francophone n’avait présidé la moindre commission au Conseil national en 2000-2001. Entre 2003 et 2007, seuls deux Romands ont pu s’installer sur un fauteuil présidentiel. Mais ce n’était que pour une année: Charles Favre a remplacé Fulvio Pelli à la tête de l’Economie en 2005 et Maria Roth-Bernasconi a présidé la très secondaire Commission des constructions publiques la même année.

Cette situation avait inquiété feu Jean-Philippe Maitre lorsqu’il a pris la présidence du Conseil national en 2004 (LT du 19.12.2003) Son inquiétude avait été relayée par son collègue Dominique de Buman. Aujourd’hui président d’Helvetia Latina, le démocrate-chrétien avait estimé que la loi sur le parlement, qui insiste sur les équilibres régionaux, n’était pas respectée.

A l’époque, le retrait des Romands avait notamment été associé à leur manque de vocations et d’ambitions. «Pour être reconnu, il faut vouloir exister», écrivait l’éditorialiste du Temps. Cela a changé. Dès 2003, et cela s’est confirmé en 2007, de nouvelles personnalités sont apparues. Les Romands se sont décomplexés, note un observateur.

Dominique de Buman estime que la situation actuelle reflète «le développement démographique et économique de la Suisse romande. Je vois là une corrélation naturelle. Qualitativement, les Romands n’ont rien à envier aux Alémaniques.» Cela dit, l’image n’est pas uniforme. Certaines députations se sont renforcées, comme celle de Fribourg, alors que d’autres se sont affaiblies, comme celle du canton de Vaud.

Les Romands achèvent ainsi une législature qui a amélioré leur visibilité. Mais il y a encore du travail. Si l’on veut se faire entendre en commission ou dans les organisations faîtières, l’allemand reste incontournable. «On ne se fait accepter que si l’on fait l’effort de parler allemand», regrette Dominique de Buman.

Au terme de la législature, la rédaction du Temps, qui observe la vie du parlement, livre son analyse, forcément subjective, du travail et de l’engagement des députés des cantons romands sollicitant un nouveau mandat. Cette analyse prend en compte l’efficacité des interventions, l’influence sur les dossiers et le poids dans le parti.

La situation actuelle contraste avec le désert de responsabilités

d’il y a dix ans

La députation fribourgeoise s’est renforcée, celle du canton de Vaud s’est affaiblie