Romeo Castellucci atomise Moïse

Le metteur en scène italien explore les multiples facettes du prophète

Un théâtre d'images et de sons. Un théâtre des sensations qui se penche avec puissance et pertinence sur une humanité blessée, déchue, broyée. Depuis plus de trente ans qu'il a fondé la Socìetas Raffaello Sanzio avec Chiara Guidi et Claudia Castellucci, l'Italien Romeo Castellucci sidère avec ses propositions plastiques à tendance mystique. Corps décharnés et mutilés, carcasses d'animaux gisant sur le plateau, piano passant des flammes d'Inferno à l'eau de Paradiso… Ou encore cette toute dernière proposition à la Ruhrtriennale, à Duisburg, cet été: un Sacre du printemps sans corps dansant, mais avec 40 machines suspendues à des rails qui libèrent six tonnes de poussière en mouvement (LT du 23.08.2014)

A l'occasion de cette dernière production, Romeo Castellucci est apparu apaisé, moins tourmenté. Peut-être son Go down, Moses, en création actuellement à Vidy-Lausanne, confirmera-t-il cette évolution? Quel que soit le climat, il est déjà établi que cette exploration du prophète des Tables de la Loi marquera. Car l'artiste promet de «grands vertiges de civilisation», et Moïse, présent dans les trois religions du Livre, cristallise en lui un faisceau de filiations. Le projet du metteur en scène italien? «Concevoir un spectacle avec des fragments de vie, comme on pourrait plonger dans le cerveau d'un opéré sous anesthésie, qui rêve la vie de Moïse, ou qui rêve d'être un nouveau Moïse, précognitif, dans un nouveau monde.» On se réjouit d'arpenter cette conscience fragmentée aux côtés d'un artiste qui fait du théâtre un art sacré.
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